L'OSTEOPATHIE EN QUESTIONS

Qu'est ce que c'est?

L'ostéopathie est une méthode de soins exclusivement manuels, dont le but est de redonner la mobilité aux différentes structures composant un organisme vivant, pour lui permettre de rétablir l'équilibre de ses fonctions.

L'ostéopathie peut se définir, selon John GUYMER BURTON, comme un système de traitement qui met l'accent principal sur l'intégrité structurale des mécanismes du corps humain, cette intégrité étant considérée comme le facteur isolé le plus important dans le maintien de la santé.

L'ostéopathie est un système d'ajustement manuel des dérèglements structuraux du mécanisme humain qui produisent ou entretiennent le désordre et la maladie.

Les définitions de STILL, à n'en point douter, sont bien évidemment multiples.

Celle de 1892 brille par sa concision et son langage harmonique même en Français :

"C'est la loi de l'Esprit, de la Matière et du Mouvement"

Ce précepte, naguère postulat, soumis volontairement à l'analyse scientifique, devient réalité aux U.S.A., et plus spécialement à Chicago dans l'Institut qui porte son nom.

Un de ses élèves, John Martin LITTLEJOHN, propose en 1900 une définition relativement mécaniste de l'ostéopathie - sans doute dictée par les "déviances" pour certains et par les "nécessaires évolutions" pour d'autres - qui émergeaient à l'horizon ostéopathique :

L'ostéopathie est cette Science ou Méthode de traitement qui consiste à faire :

le diagnostic physique des maladies dans le but de découvrir, non pas les symptômes mais les causes :

- des modifications tissulaires

- de l'obstruction à la circulation des liquides

- de l'atteinte à l'intégrité des forces de l'organisme

le traitement des maladies par des manipulations scientifiques :

le praticien applique les principes de la mécanique articulaire, plus spécialement vertébrale, et utilise les ressources inhérentes à l'organisme pour surmonter la maladie et restaurer la santé.

Ce traitement permet ainsi à l'organisme humain d'exciter ses réactions de défense et d'accélérer la formation d'anti-corps et d'anti-toxines pour obtenir la guérison.

En 1960, Thomas G. DUMMER résume ainsi :

L'ostéopathie est une thérapeutique applicable à une large variété d'affections basée sur deux principes fondamentaux établis par A.T. STILL :

De la structure dépend la fonction d'où la nécessité d'une structure normale pour une fonction normale.

Le corps humain renferme ou est capable de fabriquer les substances et les mécanismes nécessaires à la fois à son autodéfense et à l'entretien de sa santé".

L'édition 1995 de l'Encyclopedia Universalis indique que l'ostéopathie "tend à donner à l'homme la pleine possession de son potentiel physiologique et psychologique. Elle se sert d'une technique thérapeutique qui vise à réharmoniser les rapports de mobilité et de fluctuation des structures anatomiques au moyen d'ajustements précis".

Pour le professeur Irvin KORR, éminent physiologiste américain : "L'homme est tout d'abord un cerveau qui a besoin d'un système musculo-squelettique pour s'exprimer. Ce système en lui-même a besoin d'être nourri et débarrassé de ses impuretés: le sang joue ce rôle très important. A son tour, le sang doit, lui aussi, être fabriqué, épuré, enrichi et doit transporter tous les nutriments nécessaires au besoin de chaque cellule, c'est le rôle unique de la machinerie viscérale que de répondre à ces nécessités. La colonne vertébrale est l'axe de vie, soutien qui réunit par ses structures anatomiques propres d'une part les structures de la moelle épinière, d'autre part le cerveau à toutes les cellules du corps."

Il est donc intéressant de noter que la vie dépend du sang et de ses composants fluidiques dans l'organisme humain.

Andrew Taylor STILL, il y a cent ans, affirmait déjà que la règle de "l'artère était primordiale", les régions mal vascularisées deviennent des zones où la fonction est inhibée.

Le rôle de l'ostéopathie est d'intervenir sur la ou les structures nécessaires pour rétablir la fonction.

Il est donc impérieux de bien connaître la hiérarchie de ces fonctions et leurs parfaites interférences.

En conséquence, l'ostéopathie considère le patient comme une personnalité unique.

Elle s'occupe en premier lieu de l'individu et non de ses symptômes, d'où le rôle important de l'entretien et de l'anamnèse.

En deuxième lieu, elle met en pratique la sémiologie ostéopathique, précise, douce, adaptée, en tenant compte de tous les paramètres personnels des patients (morphologie, tempérament, attitudes gestuelles, mimiques, environnement psychique et physique, etc...).

En troisième lieu enfin, elle se sert de la clinique symptomatique classique et cela dans le but d'exercer une médecine réactive, spécifique et qualitative. L'ostéopathie est donc une approche de l'homme en tant qu'exemplaire unique, dans un déséquilibre psychophysiologique, par l'intermédiaire de la main du thérapeute.

Le but ultime de l'ostéopathie est donc de permettre au consultant de se trouver libre sur ses appuis, quels qu'ils soient, et de commencer non plus à exister, mais à être.

c'est ainsi qu'il serait important d'obtenir un jour une définition de l'ostéopathie qui se voudrait actualisée, fondamentalement différente de l'ostéothérapie des médecins de l'école de MAIGNE, ayant délibérément réduit la pensée de STILL certes, mais aussi de leur confrère et Maître LAVEZZARI qui reconnaissait que "le champ de l'ostéopathie est immense et que ses méthodes lui permettent d'agir sur n'importe quel organe".

"L'ostéopathie est une méthode de soins qui, par des actions manuelles douces sur le tissu ligamentaire, musculaire et nerveux ainsi que sur les structures osseuses et viscérales, a pour but de susciter, équilibrer ou faciliter une réaction naturelle susceptible de faire cesser les troubles ostéo-articulaires, organiques ou fonctionnels constatés".

Il est à souligner que cette définition, résultat de réflexions de courants ostéopathiques divers et modernes est en parfaite concordance avec la pensée Stillienne.

L'histoire

Still
Still

Hommage à Andrew Taylor STILL (1828-1917) pour sa lumineuse découverte.

Car c'est bien lui qui a fondé, puis perfectionné l'ostéopathie, qui en a établi les règles et les méthodes, qui en a fait une philosophie, un art de vivre, un art de guérir, mais aussi un acte de respect et d'amour de son prochain.

Le père de STILL, en tant que pasteur, fermier et médecin, ne voyait pas d'un trop mauvais oeil son fils passionné par la mécanique humaine et la dissection, d'autant plus qu'ils travaillaient ensemble dans une mission de l'Etat du Kansas où se réfugiaient de nombreux Indiens.

Le mensuel "Notre Temps" de janvier 1996 relate anecdotiquement le déclic qui a incité A.T. STILL à faire autre chose que de la médecine:

"Andrew STILL s'était levé de fort méchante humeur, le cerveau dynamité par de violentes migraines. Las, il se décida à s'allonger sur son hamac. Oh! surprise ! En appuyant sa nuque sur l'une des cordes de ce hamac, il nota que sa douleur s'atténuait. Quelques jours plus tard, même constat. Cette fois, sur la corde d'une balançoire. Dès lors, une idée fulgura dans l'esprit de Still et, de cette intuition, allait naître l'ostéopathie, une discipline qui part du principe que toute affection s'accompagne parallèlement d'anomalies au niveau vertébral ou articulaire".

Le Docteur LAVEZZARI précise que STILL après avoir, plus tard, étudié l'anatomie, put s'expliquer aisément son observation d'enfant. La pression de la nuque sur la corde produisait l'inhibition du nerf grand occipital et faisait détendre tous les tissus du cou, et secondairement la décongestion de toute la tête et une circulation normale dans le cerveau.

Cette action, bien connue de tous les ostéopathes modernes,

se fait en grande partie par l'intervention du ganglion cervical supérieur.

STILL, se mit sans relâche à élaborer les grandes lignes de la science qu'il appela "Ostéopathie" en réaction à la médecine et la chirurgie de l'époque qui ne lui convenaient guère. D'autant qu'un événement dramatique, sous la forme d'une épidémie de méningite, emporta en quelques jours trois de ses enfants et certains de ses patients.

Les derniers remparts d'une confiance déjà chancelante dans la médecine de l'époque s'effondrèrent. Mais au lieu de s'en détourner, il se lança alors plus à fond dans l'étude anatomique et physiologique du corps humain, non dans les livres, mais comme il aimait à le répéter, dans le Grand Livre de la Nature.

Avec les squelettes de tous les Indiens du coin, la matière première ne manquait pas.

Il acquit un sens tactile extraordinaire, percevant la moindre anomalie, la plus petite différence.

Il s'entraîna inlassablement à palper aussi les tissus mous vivants, à analyser leur forme, leur situation, leur direction, leur qualité, leur densité.

Sa pratique chirurgicale l'aidait efficacement dans son raisonnement.

De la recherche à la thérapie, le pas fut vite franchi et les succès ne se firent pas attendre.

Ses enfants lui servirent alors d'assistants. Il put ouvrir en 1892, dans l'Etat du Missouri, l'Ecole Américaine d'Ostéopathie de laquelle les meilleurs sortaient, au terme de longues études, diplômés "Docteur en ostéopathie".

Avec les Facultés de médecine, ce n'était plus la désunion, ce fut le divorce.

Irvin M. Korr rappelle que l'ostéopathie, fondée par A.T.STILL était une méthode de médecine générale, concurrente directe de l'allopathie.

La littérature ostéopathique fourmille de textes sur le traitement des pneumonies lobaires aigus, de l'ulcère gastrique, etc. L'allopathie n'avait alors rien, ou peu de choses, à proposer, nos maîtres beaucoup, mais quels talents ils avaient !

A ceux qui prétendent que la manipulation du squelette n'a aucun retentissement sur les fonctions organiques, nous répondrons qu'ils n'ont tout simplement pas fait l'apprentissage minutieux, pénible parfois, de l'art de réharmoniser les rapports des structures du corps.

Mais l'opiniâtreté de Still fait des émules et lui fait gagner des points ; la médecine officielle est bien près d'admettre certaines de ses théories.

Dans le "Rapport sur les médecines parallèles" il est mentionné qu'à cette époque, en effet "on découvre des relations entre les trajets nerveux, les zones de structures innervées et les viscères".

Ross, Mackenzie, Head, Jarricot plus tard apportent l'idée de la dermalgie, ou point réflexe, point qui devient sensible quand l'organe correspondant est malade.

On découvre la viscérothérapie, lien entre chaque viscère et un segment de la moelle épinière.

"La médecine officielle est sur le bord d'ouvrir un nouveau territoire. Pourtant la thérapie mise au point par Chapman (points réflexes neuro-endocriniens) reste ignorée du monde officiel. Les fruits ne passent pas la promesse des fleurs. Après avoir ouvert un oeil, la médecine officielle le referme, sans doute parce que, dans la science médicale de la fin du XIXe et du début du XXe, la fascination pour les bacilles, germes, virus et autres microbes, occulte le reste ; la médecine manuelle rate alors son entrée officielle".

STILL n'eut guère le temps de polémiquer, trop occupé par ses patients, ses recherches, son Enseignement et l'Ecole qu'il venait d'ouvrir dont les objectifs étaient : établir un Collège d'Ostéopathie, améliorer notre système de soins et de traitements par un niveau d'études plus rationnel et plus scientifique et enfin informer la profession médicale.

En 1915 John Martin LITTLEJOHN, ancien élève de STILL, assesseur du doyen de l'Ecole d'Ostéopathie de Kirksviule (USA) et fondateur de l'Ecole de Chicago, rentre à Londres pour fonder la British School of Osteopathy.

En 1920, en France, le docteur LAVEZZARI, de retour des Etats-Unis, pratique l'ostéopathie avec succès. Cependant ses efforts pour l'imposer dans notre pays restent vains.

En 1950, Paul GENY fonde l'Ecole Française d'Ostéopathie.

Impressionné par le succès de cette école auprès des kinésithérapeutes, le Conseil National de l'Ordre des Médecins fait pression auprès des pouvoirs publics, qui ordonnent la fermeture de l'école.

Elle s'installe à Londres, puis à Maistone, où elle fusionne avec l'Institut Ostéopathique de Techniques Appliquées, dirigé par John WERNHAM, ancien élève de Littlejohn, pour devenir l'Ecole Européenne d'Ostéopathie qui délivre un Diplôme Officiel d'Ostéopathie.

Dans les années 70, quelques écoles françaises, exigeant à l'entrée la possession d'un DEMK, ont formé la plupart des professionnels exerçant actuellement en France, et ont tenté de se regrouper au sein d'une Collégiale Académique.

En 1982, le Professeur Pierre CORNILLOT, en tant que Directeur de I'U.F.R. Santé, Médecine et Biologie humaine, introduit l'ostéopathie à l'Université de médecine de Bobigny et charge des ostéopathes non médecins, tous diplômés de l'Ecole Européenne d'Ostéopathie de Maidstone (GB) d'enseigner leur art et pratique à des médecins, dans le cadre d'un programme consacré aux médecines naturelles et sanctionné par un diplôme d'Etat.

Un concept

"L'Ostéopathie n'en est seulement qu'à son début.

C'est une grande Amie, inconnue, dont nous ne connaissons que le visage"

 

Cent ans après, cette sentence de STILL est toujours d'actualité, de même que ses travaux sur la circulation d'un sang sain et d'influx nerveux normaux, gages de bonne santé des organes.

Le mouvement continu exécuté par le sang, pour arriver aux différentes parties du corps - mouvement qui se poursuit sans arrêt, à travers les vaisseaux aboutissant au coeur et à travers ceux qui du coeur se ramifient dans tout l'organisme -, constitue la circulation du sang.

Les artères sont de petits vaisseaux cylindriques formés de fibres musculaires, que l'on peut comparer à des rivières microscopiques, lançant dans leur cours un petit ruisseau dans chaque muscle.

Les veines, au contraire, reçoivent le sang et le conduisent au coeur, d'où il est projeté dans les poumons par l'artère pulmonaire.

Il résulte de cela que le coeur joue le rôle de pompe à double effet, aspirant et refoulant successivement le sang par les veines et les artères.

Or, il est évident que lorsqu'un muscle contracté comprime une ou plusieurs des nombreuses veines qui le sillonnent en tous sens, le coeur en est aussitôt affecté et que tout le système circulatoire s'en trouve bouleversé. Longue est la liste des maladies qui sont la conséquence d'une contraction musculaire anormale et qui, de ce chef, peuvent être facilement soignées et guéries par un système ayant pour objet la suppression de cette contraction et, partant, le rétablissement de l'activité fonctionnelle normale.

Parlons maintenant des nerfs.

Ceux-ci ne gouvernent pas seulement les fonctions respectives des muscles et des différents organes, mais ils règlent aussi le calibre des veines et contrôlent, avec une extrême précision, le mouvement circulatoire du système pulmonaire et de la veine porte, lorsque la circulation n'est ni oblitérée ni gênée par le moindre déplacement d'un os ou la plus légère contracture d'un muscle.

Le centre du système nerveux, c'est-à-dire l'axe cérébro-spinal, se compose de la moelle épinière, du bulbe, du cervelet et du cerveau.

La moelle épinière est un grand cordon qui réunit le cerveau à l'immense réseau des nerfs. Comme la plupart des nerfs prennent naissance dans la moelle épinière, et que celle-ci est reliée au cerveau, dont elle est considérée comme l'appendice, on comprendra aisément que la compression d'un nerf rompant la communication entre le cerveau et une partie plus ou moins éloignée du corps, peut amener la paralysie de cette région.

Les fonctions des organes digestifs, du foie, du pancréas, des reins, et même celles du coeur, peuvent être réglées par la simple pression de la main sur un centre nerveux de la moelle épinière.

Nous avons amplement démontré que l'homme est une machine,

et nous avons posé la pierre fondamentale de notre méthode

qui consiste dans le traitement des maladies par de simples procédés manuels

sans le secours d'aucun remède ni d'aucun instrument de chirurgie.

Par la simple pression de la main sur un centre nerveux déterminé, vous pouvez accélérer ou ralentir l'action du coeur, et il n'en faut pas davantage pour régulariser les fonctions de l'estomac, des intestins, du foie, du pancréas, des reins, etc...

Nous ne nous étonnerons plus de voir un muscle se contracturer sous l'influence d'un refroidissement ou à la suite de la fatigue produite par le travail journalier, ni de constater un défaut de nutrition dans un point quelconque du corps, occasionné par l'oblitération d'un petit vaisseau.

Nous comprendrons facilement que le manque de nutrition affaiblisse un organe et l'empêche de remplir son rôle dans les conditions que la nature lui a assignées, et nous comprendrons aussi sans peine pourquoi la médecine ordinaire n'atteint jamais son but en pareil cas.

Après avoir passé en revue les os, les nerfs et le sang, disons un mot des muscles, qui régissent la marche et les mouvements de cette admirable machine.

Le tissu musculaire, ayant uniquement pour fonction celle de se contracter, est disposé et fixé aux os de telle manière que sa contractilité puisse librement s'exercer, lorsqu'elle est appelée à actionner un organe. Les muscles tiennent du cerveau et de la moelle l'activité fonctionnelle et la force intrinsèque.

Le système nerveux et le système circulatoire, fonctionnant librement à travers des centaines de muscles contractés ou relâchés, constituent donc, à eux seuls, une section extrêmement importante du mécanisme humain, et nous pouvons dire que la cause d'une maladie quelconque doit être recherchée dans la contracture d'un muscle qui, en restant dans cet état, paralyse l'action de la force vitale".

Centres ostéopathiques

L'ostéopathie fonde sa prétention d'être placée au rang de science thérapeutique sur ce fait qu'il existe une relation finie et définie entre un organe déterminé et le système nerveux central.

Ce rapport est assuré à travers les segmentations des nerfs spinaux ou à travers le système nerveux neuro-végétatif par le moyen de diverses ramifications.

Les médecins ostéothérapeutes évincent qu'un dérèglement de la mécanique vertébrale puisse influencer, par l'intermédiaire de circuits neuro-vasculaires, le fonctionnement d'un organe.

Les médecins ayant étudié l'ostéopathie traditionnelle raisonnent à l'inverse et réfutent cette prise de position volontairement réductrice et, de toutes façons, archaïque.

Ainsi le Docteur R. LAVEZZARI :

 

"On admet bien que l'oblitération d'une artère importante puisse produire une gangrène...

Il serait, dans ces conditions, illogique de ne pas admettre que la simple compression

de cette même artère puisse produire des effets pathologiques, névralgiques ou autres,

dans l'organe correspondant"

 

Plus près de nous, à l'aube des années 90, le Docteur J. AMOYEL :

 

"On ne peut qu'admettre, sans contestation possible, que la colonne vertébrale,

pièce fondamentale de l'organisation architecturale du corps humain,

constitue un ensemble bien vivant répondant et s'adaptant aux différentes nécessités de la vie. Elle est en perpétuel mouvement. Il faut bien reconnaître que sa situation en profondeur ne facilite pas et n'a pas facilité son abord, ce qui expliquerait, certes en partie seulement,

que ses lésions mécaniques mineures potentielles aient pu longtemps passer inaperçues"

 

Rapports neuro-végétatifs

(Sympathique, parasympathique)

Une musculature puissante retient, contient et réunit les vertèbres entre elles, les unes au-dessus des autres pour former l'axe longitudinal vertébral, rigide et souple à la fois, capable de soutenir le tronc et d'assurer la station debout et son équilibre.

Les muscles obéissent à un mode de contrôle automatique.

Il est alors facile d'imaginer que chaque petite vertèbre tient en place grâce aux insertions de muscles agonistes et antagonistes qui permettent les mouvements de flexion et d'extension.

Par ailleurs, ces vertèbres sont reliées par des muscles longs dont les insertions peuvent aller s'agripper à des structures parfois en dehors de leur voisinage.

On ne s'étonnera donc pas que tel blocage vertébral localisé retentisse sur des zones vertébrales lointaines et donne lieu à une symptomatologie trompeuse, douloureuse à distance, dont l'origine peut rester longtemps méconnue.

Toute médecine manuelle se doit d'analyser :

*Pourquoi la répercussion sur le système nerveux végétatif et en particulier sur les filets nerveux qui gèrent les fonctions des organes permet de comprendre l'apparition de certains troubles viscéraux, souvent insoupçonnés, dont l'origine mécanique longtemps réfutée ne fait plus de doute.

* Comment on a, en effet, refusé à un dérèglement de type subluxation ou de grippage vertébral la possibilité de provoquer une douleur névralgique associée à une atteinte par perte ou insuffisance de commandes nerveuses et vasculaires au niveau d'un organe ou d'un tissu.

Le concept ostéopathique a, depuis Still, bien évidemment évolué.

Il reste toutefois tributaire - malgré les convictions et convenances personnelles de ses disciples même très éloignés - de la certitude de leur maître à considérer l'être humain comme chef-d'oeuvre de la nature.

Les aphorismes de Still sont nombreux.

Citons entre autres:

 

"Le corps humain ne fonctionne pas en unités séparées, mais comme un tout harmonieux"

"La maladie a pour cause des anomalies anatomique

qui entraînent un dérèglement d'ordre physiologique"

"Il n'appartient pas au praticien de guérir le malade.

Son rôle est d'ajuster une partie ou l'ensemble du système

de sorte que les courants vitaux puissent s'y répandre et irriguer les parties affectées"

 

L'état de santé est donc conditionné par une libre circulation des fluides du corps.

Toute entrave sera à l'origine de stases entraînant des contractures, des états congestifs, inflammatoires et même infectieux. L'accumulation des déchets entraînera une modification du terrain et favorisera l'évolution des germes, comme l'a souligné Claude BERNARD :

 

"le microbe n"est rien, le terrain est tout".

 

Gérard SUEUR nous indique clairement :

 

"L'ostéopathie est la thérapie du non-mouvement par la mise en libre mouvement"

 

car elle consiste à trouver les éléments anatomiques qui ne sont plus libres dans leurs mouvements propres ou dans les mouvements liés à une dynamique générale puis à les traiter afin qu'ils recouvrent leurs libres mobilités physiologiques.

Ce manque de mouvement s'exprime, dans le vocabulaire d'A.T. STILL, par une différence de température et de texture des tissus et par une statique de positionnement perturbée.

L'Ostéopathie ne fait que reprendre, systématiser et développer, à partir d'une connaissance anatomique précise, ce qu'instinctivement nous réalisons lorsque l'un de nos proches souffre.

Hormis certains accidents entraînant de vrais déplacements osseux nécessitant des réductions par des médecins spécialistes, il est fréquent de rencontrer, suite à des traumatismes, à des troubles de la statique vertébrale, à des déséquilibres du bassin, etc... des tensions anormales qui s'installent dans le système fascio-musculo-aponévrotique.

Par voie de conséquence, le système ostéo-articulaire sera gêné dans sa fonction essentielle :

le mouvement.

Telle ou telle articulation deviendra hypomobile, elle ne présentera ni déplacement ni blocage total, elle présentera une restriction de mobilité.

N'importe quelle articulation du corps humain (colonne vertébrale, bassin, membres, crâne) peut être affectée par ces défauts de mobilité reflétant les tensions anormales qui s'exercent sur elle et que les ostéopathes appellent : dysfonction somatique.

On comprend facilement l'importance de cette dysfonction somatique quand on sait que les tissus de soutien jouent un rôle important dans la circulation des fluides du corps (sang, lymphe, liquide céphalo-rachidien) et sont des lieux d'échange permettant aux cellules de recevoir les substances dont elles ont besoin pour vivre, et de drainer les déchets qui les encombrent.

Notre corps composé de cellules est à l'image d'une cité avec ses habitants.

Si le ravitaillement ne parvient pas dans la cité, c'est la famine, la maladie et la mort.

De même, si les éboueurs se mettent en grève, les ordures s'accumulent, c'est l'asphyxie et la mort de la cité.

Les Facultés de médecine reconnaissent que chaque fois que les articulations ou les parois du corps sont soumises à une agression mécanique directe, telle qu'un coup, une chute, une entorse, etc. , une inflammation plus ou moins importante se développe dans les tissus affectés.

Le degré de l'inflammation dépend d'une part de la nature et de la sévérité du traumatisme et d'autre part de l'état antérieur du tissu affecté. On verra donc une congestion, tuméfaction et diffusion des fluides sanguins et des cellules d'importance variable.

Une simple entorse de la cheville est un exemple typique de ces divers processus.

La nature et l'origine de cette réponse inflammatoire est simple, puisque des forces physiques connues en sont la cause.

Avec le temps, pourront se greffer sur ce tableau simple d'inflammation aiguë, des processus chroniques, d'ordre infectieux, scléreux ou autres qui compliqueront la clinique.

Elles ont d'ailleurs leurs propres solutions thérapeutiques.

L'idéal serait, suivant la gravité des lésions, de travailler de concert. Cela se fait, par contre, à l'échelon particulier et les exemples ne manquent heureusement pas d'entente parfaite entre médecine et ostéopathie.

Harrison H. Fryette estime qu'en ostéopathie, "les notions de physiodynamique sont, en fait, les instruments privilégiés de toute recherche étiologique chez un malade. En effet, l'originalité du concept ostéopathique réside dans la compréhension et l'évaluation du rôle essentiel joué par certaines modifications somatiques caractéristiques, connues sous le nom de "pathologie structurelle" (1) dans le processus de la maladie, tant dans sa phase étiologique que dans sa période d'état; le diagnostic et la thérapie ostéopathiques découlent naturellement de cette compréhension. En revanche, la médecine physique ne représente qu"un amalgame de techniques, baigné dans des concepts conventionnels. On ne retrouve pas dans la médecine physique cette unité de concept."

(1) ou "dysfonction somatique"

selon la terminologie actuellement acceptée

par l'American Ostéopathic Association

La profession ostéopathique reste très reconnaissante au Docteur Louisa BURNS pour les longues recherches qu'elle fit sur les modifications tissulaires et circulatoires survenues après traumatisme artificiel des articulations rachidiennes ou autres.

Elle put démontrer qu'à la suite de ces traumatismes de l'appareil locomoteur, il se produisait certains changements inflammatoires simples dont l'amplitude était généralement directement proportionnelle à la sévérité du traumatisme.

Les conclusions tirées de ces recherches faites sur l'animal

sont généralement considérées par la profession ostéopathique

comme étant applicables à l'homme.

En général, ce traumatisme d'une partie de l'appareil musculo-squelettique retentit sur une articulation, soit directement, si le point d'impact coïncide avec l'articulation elle-même, soit par l'intermédiaire d'un ou de plusieurs des os qui forment cette articulation.

Par conséquent, les muscles, les tendons, les ligaments et la capsule articulaire sont généralement affectés et sont le siège d'une réponse inflammatoire.

Lorsqu'une contrainte est appliquée sur une articulation et ce dans une direction qui ne coïncide pas avec la direction de l'axe normal de cette articulation (par exemple une contrainte latérale contre l'articulation du genou), les muscles et les ligaments de soutien subissent un traumatisme asymétrique.

Dans les cas extrêmes, les muscles et les ligaments qui subissent l'impact maximal peuvent se déchirer, entraînant ainsi une dislocation.

Dans les cas moins sévères, où il n'y a pas déchirement des tissus de soutien, certaines structures seront tout de même plus affectées que d'autres sur un côté ou sur une partie de l'articulation.

Il y aura, par conséquent, davantage de tension, de contraction et d'inflammation dans certains muscles et ligaments. Par conséquent encore, l'articulation au repos se trouvera donc maintenue dans une position anormale et forcée, souvent à l'extrême d'une de ses amplitudes physiologiques. Cette fixation à la limite ou proche de la limite d'une des amplitudes, et ce, au repos, constitue évidemment une position anormale pour l'articulation, position qui implique que les membres qui la composent, prennent des rapports positionnels ou dynamiques anormaux.

La réaction inflammatoire des tissus de soutien de l'articulation, les tensions, les contractions asymétriques des muscles, de la capsule articulaire et des ligaments, les rapports positionnels anormaux en statique et enfin, les restrictions de mobilité, représentent les modifications qui caractérisent toutes les pathologies ostéopathiques de l'appareil locomoteur. Des contraintes anormales s'exerceront sur les tissus de soutien tandis que les charges seront irrégulièrement réparties sur les surfaces portantes.

Le terme de "lésion ostéopathique", que nous pouvons maintenant employer, est utilisé dans le contexte de ce type de pathologie et se rapporte toujours, dans le contexte, à un problème articulaire soit des membres, soit du rachis.

La lésion ostéopathique et sa pathologie ont été décrites ici en tant que phénomènes post-traumatiques suivis d'une réaction inflammatoire; mais il existe des états pathologiques, qui donnent une image clinique semblable à celle décrite ci-dessus pour la lésion ostéopathique, et qui sont consécutifs à une contraction ou un spasme musculaire, d'ordre réflexe ou fonctionnel.

Ces états représentent des manifestations réflexes de maladies viscérales fonctionnelles ou organiques, ou bien des somatisations de problèmes d'ordre psychique.

Ils peuvent survenir dans n'importe quel muscle de l'ensemble thoraco-abdominal (rigidité du quart inférieur droit dans l'appendicite, du quart supérieur droit dans la cholécystite, tension épigastrique dans l'ulcère... ) ;

mais les tensions réflexes les plus courantes sont celles que l'on trouve dans les muscles paravertébraux, et on les rencontrera généralement aux étages rachidiens situés en relation segmentaire avec le viscère malade.

Ces tensions réflexes sont rarement symétriques et elles entraînent donc une traction sur un des côtés de l'articulation vertébrale. La mobilité en est alors affectée, aboutissant à des perturbations positionnelles similaires à celles décrites ci-dessus pour les lésions post-traumatiques.

L'articulation affectée aura une amplitude de mouvement restreinte et deviendra irritable lors d'un traumatisme, même le plus léger.

Ces pathologies musculo-squelettiques, bien qu'elles soient généralement négligées par les autres écoles de médecine, ont une grande importance pour l'ostéopathe.

Elles sont tout d'abord des affections des tissus articulaires et ne peuvent être détectées que par des praticiens ayant reçu une formation d'ostéopathe. Une congestion et une tension ne peuvent être déterminées que par la palpation, elles ne se voient pas à la radiographie.

De même, les restrictions de mobilité sont surtout déterminées par l'évaluation palpatoire de la mobilité articulaire.

Les perturbations positionnelles sont mineures et ne sont, pour la plupart, pas démontrables à la radiographie, cette dernière forme de diagnostic se permettant surtout d'évaluer la structure osseuse, de détecter des hypertrophies ou des dystrophies, ou encore des phénomènes dégénératifs ou néoplasiques.

En physiologie, il est reconnu depuis longtemps que chaque phase du processus de la vie

n'agit que dans le contexte de l'organisme tout entier

L'unité de fonction est totale.

La stimulation ou la suppression artificielle d'une seule fonction

modifie, dans une certaine mesure, toute la physiologie

de manière temporaire ou permanente.

Les cliniciens commencent à accepter le fait que les réponses du corps aux agents nociceptifs sont complexes et affectent de nombreuses phases de l'activité du corps.

Le corps réagit comme une unité aux traumatismes, aux processus infectieux, aux chocs psychiques, aux problèmes de nutrition, aux toxines chimiques et aux agents physiques nociceptifs.

Les réactions du corps à ces différents facteurs étiologiques se ressemblent : modifications circulatoires locales ou générales, activation du système cortico-surrénal et d'autres tissus endocriniens, activation du système nerveux végétatif et du système de thermo-régulation, etc. Celles-ci ne sont que des réactions intrinsèques envers différentes sortes de stress, et Selye les a incluses dans ce qu'il a appelé le "syndrome d'adaptation générale".

Grâce à ses travaux, on sait maintenant que les réactions du corps à des stress de nature très différente sont fondamentalement similaires.

En outre, pour Selye, chaque organe et chaque fonction vitale du corps participe à ces deux conditions fondamentales de la vie que sont l'adaptation et la résistance.

L'originalité de l'école ostéopathique réside dans l'incorporation dans ce concept

du rôle fondamental joué par les tissus musculo-squelettiques

(articulations, muscles, tendons, ligaments, cartilages et capsules articulaires)

et le système nerveux dans les processus pathologiques.

L'ostéopathie reconnaît la constance avec laquelle les tissus musculo-squelettiques sont agressés, directement ou par voie réflexe, toutes les fois que l'organisme subit un stress ou un choc. Le terme de "composantes somatiques de la maladie" a été utilisé pour exprimer cette constance d'affection des tissus musculo-squelettiques.

Ces composantes somatiques de la maladie peuvent être d'ordre post-traumatique et constituer le facteur pathologique principal chez le sujet atteint.

D'un autre côté, ils peuvent être la conséquence de troubles émotifs ou viscéraux.

Le retentissement médullaire des pathologies de l'appareil viscéral ou locomoteur est une hyper-irritabilité des étages médullaires en rapport métamérique avec les tissus affectés ou, en d'autres termes, leur maintien dans un état sous-liminaire prêts à décharger sous la moindre influence.

Ces modifications et ce bouleversement neuro-physiologiques

constituent la pierre angulaire de l'ostéopathie.

Ils sont responsables de bien des variations dans l'homéostasie, le rythme viscéral, la résistance et l'adaptabilité générales, et peuvent éventuellement influencer n'importe quelle fonction viscérale. Ce déséquilibre neurophysiologique, en plus des conséquences orthopédiques directes de la lésion ostéopathique, est capable de conditionner ou de modifier les capacités de réponse du corps aux agressions de n'importe quel type.

L'expérience ostéopatbique a montré que l'application experte et spécifique de forces destinées à normaliser les rapports structurels et fonctionnels, relâche les tensions dans les muscles, les ligaments et les capsules articulaires, toute structure ayant un rôle important dans le maintien de la pathologie de la lésion.

Le relâchement de ces tensions persistantes peut parfois être obtenu rapidement ou en peu de traitements.

Dans d'autres cas - de nouveau en fonction de la durée de la pathologie, du tonus musculaire de l'individu, des maladies précédentes etc...-, plusieurs traitements seront nécessaires avant que la fonction et le tonus de la région affectée soient normalisés.

Un traitement efficace élimine toute gêne musculaire ou articulaire, locale ou générale.

En même temps, le "stimulus" sensitif émis par les tissus affectés est réduit en volume et en fréquence, ce qui diminue l'irritabilité du centre médullaire en relation métamérique.

Au fur et à mesure du rétablissement d'une activité réflexe plus normale, les effets éloignés ou rapprochés de la lésion régressent.

Bien que l'ostéopathie ne prétende pas que la lésion ostéopathique soit le facteur étiologique principal dans toutes ces pathologies, il faut cependant la considérer comme un facteur de terrain ou, en d'autres termes, un facteur sensibilisant et prédisposant, d'une importance clinique fondamentale.

A ce sujet, Alan STODDARD rappelle :

 

"Qu'une lésion ostéopathique vertébrale est une condition dans laquelle

la mobilité d'une articulation vertébrale se trouve altérée,

avec ou sans modification des positions réciproques des vertèbres adjacentes.

Quand il y a modification de ces positions, c'est toujours

à l'intérieur des champs du mouvement normal de ces articulations."

 

Sans doute, celui qui travaille "à l'extérieur" de ces champs est-il un chirurgien, un médecin vertébrothérapeute ou ostéothérapeute mais certes pas un ostéopathe !

En digne représentant de l'ostéopathie de STILL, J.C. ALLIRAND approuve bien évidemment et incite à juste titre ses lecteurs, sinon à chercher la définition la plus appropriée du vocable manipulation, du moins à établir un distinguo entre les divers courants qui en préconisent l'utilisation.

La manipulation articulaire, dans le domaine médical est l'art de donner à une articulation un positionnement nouveau dans l'espace. Ce terme de manipulation est donc improprement utilisé puisqu'il peut aussi bien signifier que l'on fait jouer l'amplitude articulaire normale ou que l'on force une articulation au-delà de ses limites.

Le terme ajustement est plus précis et montre que l'acte doit être spécifiquement adapté à l'articulation en cause. Mais seuls les Anglo-Saxons l'utilisent, ce qui semble démontrer dès le départ que la méthode comme le mot n'aient pas été compris chez nous et soient la cause de luttes âpres et sectaires.

John Guymer BURTON, élève de LITTLEJOHN, ancien Président de l'Association des Ostéopathes Britanniques, recommandait à ses élèves:

* de n'accepter "la théorie des germes" dans la causalité de la maladie que jusqu'à un certain point, car les micro-organismes ne peuvent produire une maladie que si les forces naturelles de résistance et d'immunité, ainsi que les facultés d'élimination des points métaboliques, ont été diminuées ou supprimées.

* de démontrer que les lésions structurales et les erreurs diététique prédisposaient aux infections microbiennes.

Des expériences récentes en immunologie ont confirmé la justesse des théories d'A.T. Still concernant l'immunité naturelle que possède tout être humain à condition que sa circulation sanguine ne soit pas entravée. C'est le meilleur rempart contre les infections.

Ces études ont montré qu'on trouve dans le sang des bactéricides qui détruisent les germes, des bactériolysines qui les dissolvent, des agglutinines qui retardent leurs mouvements, des antitoxines qui neutralisent leurs poisons, des opsonines qui les rendent plus faciles à "digérer" par les globules blancs chargés de leur destruction

.

"Il est possible que les germes déterminent la nature de la maladie; mais préalablement à toute infection, il doit exister, et il existe en fait, un agent ou une cause première qui, par son ingérence nuisible dans l'innervation et la vascularisation normales, a diminué la vitalité ou la résistance de la région affectée, la prédisposant ainsi à l'invasion microbienne"

(P.H.. Woodall, "Osteopathy").

 

Si la machine humaine est parfaitement ajustée et convenablement nourrie, elle restera relativement exempte de maladie, elle durera plus longtemps et fonctionnera plus efficacement.

Les ostéopathes furent les premiers praticiens à reconnaître la fréquence des inégalités

des membres inférieurs et les répercussions que cela entraînait dans la statique vertébrale

en premier lieu, puis au niveau des organes et des viscères par fascias interposés.

C'est ainsi que certains troubles fonctionnels des systèmes cardio-respiratoire, digestif, génito--urinaire (palpitations, extra-systoles, troubles tensionnels nerveux, aérophagie, gastrites, etc...) peuvent trouver soulagement grâce aux soins ostéopathiques.

Il faut souligner en outre le rôle capital qu'ils jouent dans la prévention, en particulier quant à la facilitation des accouchements ; des problèmes de présentation du bébé, des problèmes de bassin chez la future parturiente peuvent être résolus quelques jours avant la délivrance.

"Les soins ostéopathiques prénatals et post-natals sont d'une valeur inestimable en favorisant un accouchement aisé et en prévenant des complications toujours possibles. Par un traitement doux et efficace, l'ostéopathe peut détendre et mobiliser la colonne lombaire, le bassin et les articulations des hanches de la future maman, relaxant ainsi le canal de l'accouchement et assurant une délivrance facile et sans danger."

Un autre domaine de prévention fort utile est à considérer chez les enfants qui peuvent bénéficier d'une sorte de révision périodique ostéopatbique afin d'échapper à beaucoup de maladies habituelles de l'enfance et de grandir d'une façon plus robuste et plus saine.

On ne peut guère imaginer de méthode préventive supérieure à l'ostéopathie puisque ses praticiens n'ont pas besoin d'attendre l'apparition effective de la maladie ou de troubles de la statique pour commencer le traitement.

Ces troubles, une fois installés, entraînent des effets nocifs, provoquent une fatigue prématurée et excessive, tassent ou déplaçent les organes et gênent ainsi leur bon fonctionnement.

De nombreux cas de mauvaise santé générale, de fatigues, d'indigestion, de troubles hépatiques et de constipation chronique sont imputables à une mauvaise posture et à des habitudes physiques défectueuses.

L'Ecole Ostéopatique fut la première à exprimer la doctrine du corps humain

considéré comme une machine délicatement ajustée

et sujet par conséquent à des lois mécaniques précises :

toute variation de la posture normale ou de la bonne relation

d'un élément par rapport à un autre provoquera un trouble fonctionnel

pouvant lui-même engendrer une maladie organique.

La fatigue est le compagnon inséparable de la mauvaise posture, et c'est ainsi qu'un cercle vicieux s'établit la fatigue aggravant la mauvaise posture, la mauvaise posture aggravant la fatigue.

Irvin M. KORR, physiologiste américain a travaillé pendant trente ans au Collège d'Ostéopathie et de Chirurgie de Kirksville (USA) et a réussi à établir les bases neurophysiologiques de l'ostéopathie.

Il a situé la lésion ostéopathique sur le segment facilité (traduction littérale)

Segment

c'est un segment de moelle épinière ayant sous son contrôle,

par l'intermédiaire d'un nerf rachidien bilatéral, des viscères, des territoires cutanés

des territoires nerveux moteurs, sensitifs ou viscéraux, des muscles, des articu1ations...

Facilité

parce que, électriquement, ce segment de moelle a un seuil d'excitabilité

beaucoup plus bas que ses semblables.

Aussi, lorsqu'un stress mécanique, infectieux ou psycho-émotionnel

sera vécu par une personne, la somatisation s'exprimera de préférence

au niveau de ce segment facilité.

Il devient alors le siège d'un bombardement incessant d'informations l'amenant à répondre par une suractivité de son système nerveux sympathique.

"...Le segment facilité est à la moelle épinière ce que l'allergie est au système immunitaire".

C'est un dérèglement vers l'hyperexcitabilité de ces systèmes organiques, les amenant à répondre en masse à un stress minime vis-à-vis duquel ils devraient normalement rester muets.. Ce mini-stress sert d'élément déclenchant, d'épine irritative, et est responsable, bien malgré lui, de toute une suite d'adaptations physiologiques de défense...

Une autre personne, pour les mêmes éléments déclenchants pourrait s'exprimer somatiquement d'une toute autre façon en fonction de ses propres segments facilités.

Une dysfonction somatique va donc s'exprimer par une perte ou une diminution de mobilité tissulaire au niveau d'un élément anatomique (os, ligament, fascia, muscle, viscère) qui est en liaison nerveuse directe avec ce segment facilité, et que l'ostéopathe perçoit très bien grâce à certains tests de mobilité.

Le mythe de la vertèbre qui se déplace n'est plus.

Irvin KORR, grâce à ses travaux, a sorti I'ostéopathie de l'empirisme dans lequel certains scientifiques et médecins se plaisaient à la cantonner.

Il a, en outre, dans le respect des principes de STILL, réussi à réunir des courants ostéopathiques divers (organique, crânien) sur la base essentielle d'une recherche pointue en physiologie.

Irvin KORR fonde l'ostéopathie sur quatre grands principes :

* Les articulations et leurs tissus de soutien sont sujets à des dérèglements anatomiques et fonctionnels.

* Ces dérèglements ont des répercussions locales et des répercussions à distance.

* Ces dérèglements sont en relation directe ou indirecte avec d'autres facteurs pathologiques.

* On peut déceler ces dérèglements, et on peut influencer favorablement leurs répercussions locales et systémiques. Celles-ci peuvent être décelées et favorablement influencées par des manipulations.

La lésion ostéopathique se manifeste, en grande partie par des phénomènes locaux et à distance mentionnés dans le principe n0 2

Parmi ces phénomènes, on trouve:

* Une hyperesthésie, en particulier des muscles et des vertèbres.

* Une hyper-irritabilité ; celle-ci se manifeste par des modifications du comportement musculaire.

* Des modifications de la texture du tissu musculaire, du tissu conjonctif et de la peau.

* Des modifications dans la circulation locale et dans les échanges entre le sang et les tissus.

* Des modifications dans les fonctions viscérales et autres fonctions végétatives.

L'histoire de la science physique, biologique ou médicale nous révèle que,

de plus en plus, les obstacles qui séparent les domaines scientifiques

des domaines techniques s'effondrent.

A la suite de certaines découvertes fondamentales, des pans entiers de la recherche scientifique, des écoles de pensée et des concepts d'importance majeure commencent à se développer et à attirer des disciples. Ces domaines peuvent se développer indépendamment les uns des autres, rester séparés et n'avoir aucune relation apparente pendant plusieurs années.

Cependant, au fur et à mesure de l'accumulation des connaissances dans chaque domaine, il devient évident, dans bien des cas, que les cloisons qui séparent deux de ces domaines sont fictives et qu'en fait, ces cloisons n'existent que dans l'esprit des gens.

Chaque domaine commence à recevoir et à donner aux autres un sens supplémentaire. Finalement, ils fusionnent. On ne trouve nulle part ailleurs une meilleure illustration de ces faits que dans les domaines auxquels l'ostéopathie s'est intéressée.

Nous n'avons sélectionné ici que trois domaines majeurs qui, à notre avis, semblent avoir beaucoup de points essentiels et distincts en commun.

Chacun d'entre eux a construit un corps de concept, a donné naissance à une école de pensée ou à une école de pratique. Chacun a une origine différente à des périodes différentes et dans trois pays différents. Ils sont séparés par des milliers de kilomètres et ont évolué dans un contexte très différent.

Aujourd'hui, les obstacles qui les séparaient disparaissent.

Ils ont en commun les concepts généraux suivants :

* Le corps est une unité. Toutes ses parties fonctionnent dans le contexte de l'organisme tout entier.

* La maladie est une réaction de l'organisme pris dans son ensemble. Une structure ou une fonction anormale dans une partie du corps exerce une influence anormale sur les autres parties, et par conséquent, sur l'économie du corps tout entier.

* L'organisme a la capacité inhérente de se défendre, de se rétablir et de résister aux bouleversements qui affectent son équilibre.

*Le système nerveux joue un rôle organisateur prédominant dans le processus pathologique.

* Chaque maladie comporte un élément somatique, qui n'est pas seulement un symptôme ou une manifestation de la maladie, mais aussi un facteur étiologique important de cette maladie.

*Un traitement approprié de cet élément somatique a une valeur thérapeutique très importante, car il conduit à une amélioration des autres éléments.

Les concepts auxquels se réfère Irvin KORR sont les suivants :

* le concept ostéopathique,

* le concept de la douleur projetée et phénomènes associés

* le concept de la maladie développé par A.D. SPERANSKY et ses collègues à Leningrad.

Ces concepts ont eu des origines très différentes, ainsi que des voies de développement très différentes.

Le concept ostéopathique a conduit très vite au développement d'une arme thérapeutique très efficace qui est devenue, depuis plus de 60 ans, la base d'une école de pratique médicale en constante expansion.

Depuis le début, cette arme - la thérapie de manipulation ostéopathique - a été si révolutionnaire et si efficace que le but principal de ceux qui l'ont créée, développée et pratiquée a été :

* d'apprendre comment l'utiliser de la manière la plus efficace,

* de gagner le droit de l'utiliser,

* de déterminer ses effets sur les différentes maladies auxquelles l'homme est soumis,

* de perpétuer l'existence de cette arme, gagner des disciples, la mettre entre leurs mains et leur apprendre comment l'utiliser.

Il est compréhensible que les fondateurs, les disciples et les premiers praticiens de cette école, ayant très peu de ressources matérielles et étant préoccupés à lutter contre ceux qui s'opposaient à eux, ne pouvaient pas entamer à loisir des recherches expérimentales sur l'efficacité de leur arme thérapeutique.

Les fondateurs des deux autres écoles ne découvrirent pas de nouvelles mesures thérapeutiques, au début du développement de leur concept. C'est pourquoi, avec leurs disciples, ils se sont dévoués à chercher les mécanismes généraux qui sont à la base des processus pathologiques et par quelles voies une pathologie dans une partie du corps affecte les autres parties.

Ces recherches ont considérablement élargi notre horizon et font maintenant l'objet d'autres recherches à travers le monde.

Ces programmes de recherches nous ont fourni beaucoup d'informations et nous ont permis de créer une théorie solide. Aujourd'hui, cette théorie, comme toute théorie valable, nous mène à une bonne pratique. De nouvelles formes de thérapie très prometteuses ont été tirées du travail de ces écoles.

On doit espérer que ces formes de thérapies, qui n'en sont encore qu'au stade expérimental, mais qui sont basées sur des données fondamentales en évolution constante, se développeront et amélioreront leur applicabilité et leur efficacité.

Evolution

Toute méthode - aussi révolutionnaire soit-elle - évolue.

En 1917, Andrew Taylor STILL meurt, âgé de 90 ans.

Le courant ostéopatbique continue. Les collèges d'ostéopathie se multiplient. La deuxième génération d'ostéopathes prend le relais. C'est le cas de LITTLEJOHN qui créa en Angleterre la première école d'ostéopathie, en 1917 à Londres, le BSO (British School of Osteopathy).

Sa clinique reçoit mille patients par semaine. Cette école patronnée par la princesse Anne d'Angleterre est la première à faire connaître les principes de FRYETTE.

Elle est actuellement le centre d'où rayonne toute l'ostéopathie européenne.

Grâce aux travaux des Docteurs LOVETT et FRYETTE (début du siècle, aux Etat-Unis), il existe une base scientifique en ce qui concerne la mécanique et les mouvements physiologiques de la colonne vertébrale.

Le Docteur LOVETT a été le premier à remarquer qu'il y a deux facteurs anatomiques qui dirigent et modifient les mouvements de la colonne vertébrale :

* les corps vertébraux par l'entremise du disque intervertébral,

* les facettes articulaires, qui ont un mouvement de glissement l'une sur l'autre.

Ces deux auteurs ont constaté que les mouvements de rotation et de flexion vers le latéral (latéro-flexion) sont complémentaires. L'un n'est pas possible sans l'autre. Ils en ont conclu que ce sont les facettes articulaires, par leur glissement les unes sur les autres, qui contrôlent le mouvement des vertèbres les unes sur les autres.

Ils ont constaté en plus que c'est en raison de la rigidité relative de la courbure primaire (cyphose dorsale) qui est compensée par la flexibilité des courbures secondaires (lordoses cervicale et lombaire) que la colonne vertébrale maintient son équilibre et sa stabilité. Cela représentant une adaptation à la station debout.

En raison des lordoses et de la cyphose vertébrale, les termes de flexion et extension risquent de provoquer une certaine incompréhension dans la description des mouvements vertébraux. En ostéopathie, on parle toujours du mouvement d'une vertèbre par rapport à la vertèbre sous-jacente. C'est une règle absolue.

Les mouvements d'une vertèbre par rapport à la vertèbre sous-jacente se font selon le principe du trépied. Ce trépied est formé du plateau vertébral qui se mobilise sur le disque intervertébral et des deux facettes articulaires inférieures qui se mobilisent sur les facettes articulaires supérieures de la vertèbre sous-jacente.

C'est grâce à beaucoup de pratique et une très grande sensibilité tactile que le praticien pourra analyser l'amplitude passive des mouvements.

En raison de la facilité (toute relative) de palper les apophyses épineuses, c'est grâce à l'analyse de l'amplitude articulaire de ce mouvement de flexion-extension que le praticien peut constater la présence, par la disparition du "joint-play" d'une lésion vertébrale. Sur les mêmes principes, on analyse les mouvements de rotation-latéro-flexion.

Le Joint-Play

d'après les travaux de John Mem MENNEL

Il y a trois catégories d'articulations :

* les synarthroses, décrites comme immobiles

* les aniphiartbroses, décrites comme semi-mobiles

* les diarthroses, décrites comme mobiles

Chaque articulation de ces trois groupes possède au minimum un joint-play.

C'est le cas des synarthroses.

Les amphiarthroses et les diarthroses possèdent :

* deux surfaces articulaires

* une capsule articulaire avec ou sans synoviale

* des ligaments qui la maintiennent

* des muscles qui la mobilisent.

En principe, chaque articulation devrait se mobiliser dans son amplitude articulaire maximale.

Mais en raison des perturbations que provoquent la pesanteur, la force de gravitation terrestre et l'asymétrie fonctionnelle sur la mécanique humaine, aucune articulation ne fonctionne dans son amplitude maximale. Cela, à plus ou moins longue échéance, est l'un des facteurs favorisants de l'apparition des lésions ostéopathiques; les autres facteurs favorisants étant les perturbations psychologiques et viscérales.

L'être humain est donc sans arrêt dans un état d'équilibre mécanique instable, et comme on sait que cet équilibre mécanique est à la fois dépendant et responsable de son équilibre psychique et physiologique, cela explique les difficultés que l'ostéopathe doit vaincre pour permettre à la vitalité de ses patients de réagir positivement aux stress qui l'agressent.

Déjà, au début du siècle, Littlejohn essayait d'adapter le patient à son milieu.

C'est à John Mem Mennell, médecin à Los Angeles, que l'on doit la description et la technique de correction du joint-play :

1 . aucun segment de la colonne vertébrale ne se meut pendant le mouvement normal volontaire, sans que tous les autres segments ne se meuvent,

2 . les structures dures de la colonne vertébrale sont rarement atteintes sans qu'il y ait atteinte des tissus mous qui les soutiennent,

3 . les déviations de la normale dans le soutien de la colonne vertébrale, à savoir les membres inférieurs, bien que ne causant pas réellement de symptômes dans le dos, peuvent empêcher leur réduction jusqu'à ce qu'il y ait eu correction.

L'étendue de mouvement volontaire décrite dans les textes anatomiques, n'est qu'une partie de l'étendue du mouvement normal de toute articulation. Cette étendue du mouvement volontaire dépend entièrement de l'intégrité de l'étendue normale des mouvements involontaires que j'appelle joint-play.

Comme dans la mécanique, le jeu dans toute articulation est bien défini et sans lui, ou avec trop de jeu, la fonction des articulations devient défectueuse.

Il faut accepter que les mouvements, dans l'étendue du jeu articulaire, ne soient pas individuellement sous le contrôle des muscles volontaires, donc ne peuvent s'accomplir par une action musculaire delibérée.

Pour cette raison, leur présence ou leur absence ne peut être démontrée que par un examen passif de l'articulation, et s'ils sont absents, ils ne peuvent être ramenés qu'en provoquant un mouvement jiormal qui est la manipulation.

Le blocage articulaire, la dysfonction articulaire, la lésion ostéopathique (appellations qui diffèrent selon les écoles pour un même symptôme) se caractérise par la perte du joint-play de l'articulation.

Il faut donc clairement distinguer la mobilisation d'examen et la manipulation thérapeutique qui rend la liberté au joint-play. C'est d'ailleurs à ce niveau que se situe toute la difficulté de la pratique de l'ostéopathie.

Les muscles de l'articulation, les ligaments, les facettes articulaires, sont intimement intéressés dans cette technique.

Il faut donc que le praticien élimine tout le jeu articulaire actif, dépendant de l'action des muscles pour analyser le joint-play (amplitude articulaire passive de l'articulation).

Lorsque le praticien rend la mobilité à un joint-play vertébral lésé, il provoque une réaction oscillante post-agressive au niveau du système nerveux neuro-végétatif, car les éléments passant dans le trou de conjugaison sont perturbés par la perte de mobilité des facettes articulaires.

Cette réaction oscillante post-agressive a été décrite par H. LABORIT.

Tout comme le stress provoque une réaction oscillante post-agressive au niveau de l'homéostasie de chaque être, l'ajustement ostéopathique provoque le même phénomène avec en plus une perturbation de l'équilibre mécanique, afin de permettre à ces deux composantes de se rééquilibrer d'une façon plus harmonieuse, si possible.

Un nouveau courant de l'ostéopathie au début de se siècle voit le jour, grâce à William Gardner SUTHERLAND, ancien élève de STILL.

Il est le père de l'ostéopathie cranio-sacrée.

Il découvrit l'existence d'un mouvement inconnu jusqu'alors. Ce mouvement prend son origine dans le cerveau et il l'appela "Mouvement Respiratoire Primaire" composé du CRI (Cranial Rythmic Impulse). Il étudia les sutures des os du crâne pendant 30 ans pour mettre au point une méthodologie diagnostique et thérapeutique.

Au début, il désarticulait un crâne avec son canif et le réarticulait pour voir les directions dans lesquelles le mouvement des sutures était possible. Il essayait toujours de visualiser ce que les os pourraient révéler en tant que matière vivante.

Durant les années suivantes, il fit des recherches et des expériences sur lui-même. Il établit et corrigea des déformations sur son propre crâne, utilisant d'ingénieux appareils mécaniques faits à la maison, tels que sangles, casque de football modifié. . ., pour appliquer une pression sur des zones spécifiques du crâne.

Un de ses disciples, le Docteur A. HARDY relate qu' "il avait fréquemment remarqué que, chez certains individus, les deux cavités orbitaires différaient à la fois dans leur forme et dans leur saillie : il tailla alors un bol de bois à sa mesure, y ajusta des bandages et le posa sur la portion occipitale pour provoquer ce qu'il appela une torsion. Cette expérience le plongea dans un état physique et nerveux anormal, joint à la sensation de vivre dans l'irréel. Après quelques jours, il se libéra de son mal - très aisément par ailleurs - lorsqu'il fut assuré qu'il avait bien compris.

Une autre fois, ce furent des circonstances indépendantes de sa volonté qui l'obligèrent à agir : l'extraction d'une molaire inférieure l'ayant gratifié de névralgie dentaire, il se souvint, après deux semaines de souffrances, d'avoir perçu une séparation dans la région sphéno-temporale; il étudia et appliqua aussitôt avec succès la technique propre à dissiper cette affreuse douleur."

Il fit de même avec ses patients avec autant de réussite.

L'essence des découvertes de Sutherland était que la structure de la surface crânienne articulée indiquait qu'elle pouvait être destinée à la mobilité.

En fait, les os bougaient très légèrement; et non seulement les articulations mais aussi le cerveau, les membranes intra-crâniennes, la moelle épinière, et les membranes intra-spinales.

Le fluide spinal cérébral enfermé fluctuait, plutôt qu'il circulait.

Il appela ce système le Mécanisme Respiratoire Primaire et formula qu'il incluait aussi la mobilité du sacrum entre les iliaques. C'était distinct de la respiration secondaire costale, des poumons, du diaphrame, et de la cage thoracique; Sutherland élaborait une nouvelle compréhension de quelques-unes des fonctions de base essentielles de notre corps.

Si "la vie est un mouvement, alors toute la vie est un échange rythmique et équilibré d'énergie, d'innombrables cycles intégrés, comme le démontrent les processus physiologiques corporels."

Il fut nécessaire de développer une nouvelle perception sensorielle, suffisamment fine pour percevoir les altérations de ce système cranio-sacré.

Viola M. FRYMANN, Marc BOZZETTO, entre autres, ont essayé d'inculquer à leurs élèves que leur travail de base était de reconnaître, dans tout ce qui est tissu conjonctif, de la peau jusqu'aux os, les facteurs susceptibles d'influer sur la dynamique, et éventuellement de la ralentir.

"C'est pourquoi nous exerçons sans cesse une écoute palpatoire du manque de mobilité des tissus conjonctifs".

Les secrets de l'ostéopathie résident plus dans le perfectionnement de l'investigateur lui-même que dans la recherche de manipulations nouvelles.

L'art de la palpation s'apprend par une pratique à la fois longue et assidue.

L'interprétation des découvertes palpatoires est la clé qui met en mesure de déchiffrer les besoins du patient.

Quant à l'efficacité du traitement, elle sera proportionnelle à la sensibilité, à la perceptivité et au discernement des mains en même temps qu'à l'intelligence de la synthèse élaborée par le praticien sur la base des informations dont les moyens en cause l'auront nanti.

Restait à prouver scientifiquement leurs dires, même si de nombreux praticiens en vérifient quotidiennement la réalité.

Les recherches anglo-saxonnes et américaines dans ce domaine sont volontairement ignorées des scientifiques français d'autant que méfiance existe, il est vrai, entre les uns et les autres.

Paradoxalement, les premiers à vérifier les théories de la mobilité crânienne ne furent pas des ostéopathes mais des dentistes, grâce aux travaux de PRITCHARD, SCOTT et GIRGIS qui ont démontré dès 1957 que les sutures crâniennes possédaient des structures de 5 couches de densités fort différentes.

En France, le Professeur J. DELAIRE de Nantes confirma en 1988 la théorie ostéopathique en vérifiant que :

* une suture est dabord un point de rupture : c'est parce qu'en un endroit l'os qui, normalement, doit former une plage continue est soumis à des forces de rupture que la suture apparaît.

* une suture est aussi un point de dilatation : c'est parce que la suture se distend et que les os s'éloignent qu'il y a une ossification de rattrapage et que finalement les os s'accroissent par leur périphérie.

Ainsi les ostéopathes et les orthopédistes maxillo-faciaux ont trouvé un terrain d'entente sur le rôle des sutures membraneuses et des aponévroses intra et extra-crâniennes dans le déplacement et l'équilibre des pièces squelettiques crânio-faciales et sur la responsabilité de facteurs crâniens dans l'apparition de certaines dysmorphoses et/ou dysfonctions oro-faciales.

De plus, et bien que, jusqu'à présent, les Facultés de Médecine refusent d'admettre l'existence d'un mouvement rythmique et respiratoire primaire, des recherches s'effectuent néanmoins pour en vérifier le bien-fondé.

Ainsi le C.H.R.U. de Reims (J.C. PIRE, B. SCHERPEREEL, P. BILLAUDEL, G. VILLERMAIN-LECOLIER, Y.LAVAL) a mis au point, en 1990, une technique non-invasive de mise en évidence de micro-mouvements tissulaires rythmiques chez l'homme, indépendants de la fréquence cardiaque et de la fréquence respiratoire.

C'est un début et des travaux plus précis mais plus coûteux pourraient, sans doute, déterminer l'existence d'une fréquence physiologique - chère aux ostéopathes -; mais d'ores et déjà c'est enfin reconnaître que le corps humain en général et chacune de ses cellules en particulier sont doués de mobilité et de rythmicité, choses inadmissibles il y a quelques années à peine car non analysables par les "anatomistes disséqueurs de cadavres".

Pour ceux qui verraient dans l'ostéopathie crânio-sacrée, sinon la panacée, du moins une méthodologie exclusive, W.G. SUTHERLAND lui-même préconisait : "Le concept crânien n'est qu'une portion de la totalité".

De nos jours, d'autres ostéopathes, élèves de SUTHERLAND et de LITTLEJOHN approfondissent les techniques et le fondement scientifique de l'ostéopathie, afin de le rendre moins empirique, et lui donner les bases scientifiques indispensables. Il faut citer WERNHAM, JONES, MITCHELL, BROOKES, FRYMANN, MAGOUN, BECKER, le physiologiste I. KORR, FRYETTE, HOOVER, UPLEDGER, etc.

François RICARD et Jean-Luc SALLE font le point sur les différentes techniques ostéopathiques apportant la preuve de leur nécessaire évolution tout en respectant les grands principes de STILL.

Classiquement, les techniques ostéopathiques sont classées en techniques structurelles et en techniques fonctionnelles.

Toutes les techniques de manipulations ne sont que des subdivisions de ces deux catégories de techniques.

Chaque technique aura une action spécifique sur un élément anatomique donné dans un but neurologique et mécanique précis.

Les buts des différentes techniques : réduire la fréquence des décharges du système gamma responsable de la contraction chronique intrafusale, afin de restaurer la mobilité articulaire.A - Les techniques structurelles. Il s'agit de toutes les techniques - quels que soient les tissus auxquels elles s'adressent - qui vont dans le sens de la barrière, contre la restriction de mobilité.

Toutes ces techniques obéissent à la loi de la non-douleur ; toute technique douloureuse est à proscrire.

Les principes généraux de ces techniques sont d'aller dans le sens opposé à la restriction de mobilité afin de briser les adhérences et de réguler le tonus musculaire en ajoutant une force supplémentaire venant du praticien ou bien du patient pour restaurer la fonction et la mobilité articulaire.

A. Les techniques rythmiques

Dans cette catégorie de manipulation, le contrôle du rythme d'application de la technique ainsi que la répétition sont prépondérants. Chaque mouvement actif ou passif s'accompagne de nombreux réflexes de régulation et d'adaptation incluant des phénomènes de facilitation ou d'inhibition. Passée une certaine limite de tension, le stretch-réflexe va s'inverser et deviendra inhibant à cause des récepteurs tendineux de Golgi.

D'autre part les techniques passives engendrent des stimulations proprioceptives dans des zones non habituellementstimulées du complexe articulaire.

Les techniques ayant ces visées utilisent les mouvements de :

. translation;

. tractions, compressions

. angulations

. poussées qui forcent la limite articulaire motrice.

a. Les techniques de stretching

Ces techniques visent à étirer les ligaments, les fascias, les muscles et les tendons en utilisant des bras de levier. On utilise une courte amplitude pour agir sur les éléments articulaires, alors qu'une grande amplitude agira sur les éléments extrinsèques, c'est-à-dire les muscles.

La force doit être appliquée lentement et graduellement afin de produire un changement et une relaxation dans les tissus.

Au fur et à mesure que les tissus changent, on augmente l'étirement afin de profiter de la nouvelle longueur acquise.

b. Les techniques de pompage

Ces techniques s'adressent essentiellement aux aponévroses et aux ligaments.

Pour libérer les tensions à ce niveau, il faut passer entre les structures osseuses et les structures aponévrotiques, il faut essayer d'aller le plus près possible des zones d'insertions.

La zone de travail étant localisée, le pompage sera réalisé par une alternance de tractions dans l'axe de la structure à étirer et de relâchements jusqu'à ce que l'on obtienne une sensation de diminution de tension et de diminution de douleur.

c. Les techniques d'articulation

Ces techniques s'adressent aux éléments périarticulaires et sont basées sur des mouvements passifs répétitifs associés à un ou plusieurs bras de levier et à un fulcrum (point fixe) afin d'augmenter la puissance.

Le praticien reçoit en permanence des informations des tissus et augmente ou bien diminue l'intensité de son action en fonction de ses sensations.

L'utilisation d'un petit rebond à la fin de l'amplitude permet de produire des changements plus rapides dans les tissus.

Ces techniques d'articulations permettent de gagner une plus grande amplitude de mouvement.

d. Les techniques avec mise en tension soutenue

Ce type de technique utilise les principes des techniques avec thrust (extension/flexion, latéroflexion et contre-rotation) : la mise en tension est amenée jusqu'à la réduction du "slack" mais le "thrust" n'est pas porté, la mise en tension est maintenue pendant que le patient respire amplement jusqu'à ce qu'un relâchement des tissus soit obtenu.

e. Les techniques d'inhibition

Ces techniques s'adressent au spasme musculaire, elles consistent à exercer une pression perpendiculairement aux fibres musculaires: cette pression est maintenue un long moment jusqu'à ce que le muscle se détende, la pression est ensuite relâchée lentement.

La technique est appliquée en fonction des réactions des tissus et du rythme respiratoire.

L'inhibition permet d'obtenir une relaxation, une augmentation de la circulation locale et une diminution de la réponse afférente.

f. Les techniques de muscle energy

Ces techniques utilisant les contractions isométriques, l'articulation est mobilisée jusqu'à la barrière motrice dans les trois plans de l'espace.

Le patient est invité à pousser dans la direction opposée alors que le praticien résiste au mouvement avec une contre-force égale à la force développée par le patient, interdisant ainsi tout mouvement de se produire.

La force nécessaire n'est jamais très élevée (5 à 10 kg) et ne doit en aucun cas produire un inconfort pour le patient.

La force contrôlée doit être appliquée lentement et relâchée lentement : après une période de contraction de trois secondes, on demande au patient de cesser lentement sa contraction pendant que le praticien diminue en même temps sa contre-force. L'articulation ne doit pas être forcée mais seulement maintenue contre la barrière. Chaque contraction musculaire est suivie d'une période de décontraction de quelques instants.

On pratique trois ou quatre séries de trois contractions : après chaque série de trois contractions musculaires, après que le relâchement ait été obtenu, le praticien profite de la nouvelle longueur musculaire acquise pour mobiliser l'articulation afin de trouver une nouvelle barrière musculaire.

Deux types de contractions musculaires sont utilisées :

les contractions isotoniques: elles permettent d'augmenter le tonus des muscles hypotoniques, dans un état d'inhibition par exemple ;

les contractions isolytiques : elles ont pour but de briser les adhérences et de lutter contre la fibrose musculaire.

Le praticien utilise une force légèrement supérieure à celle développée par le sujet de façon à faire bouger l'articulation contre la barrière.

A chaque contraction isométrique, il y a stimulation des récepteurs de Golgi qui se déchargent et qui inhibent les motoneurones alpha et gamma : à chaque nouvelle longueur gagnée le fuseau neuromusculaire est étiré et retrouve peu à peu sa longueur normale.

On peut également utiliser l'inhibition réciproque de Sherrington; le travail de l'antagoniste provoque l'inhibition de l'antagoniste.

Cette technique doit être ensuite complétée par une technique directe d'inhibition sur le muscle spasmé.

B. Les techniques avec thrusts

Elles ne doivent en aucun cas être faites hors des limites physiologiques des amplitudes de mouvements. Dans les techniques indirectes si l'on emploie une vitesse suffisante, l'écartement des facettes articulaires peut être obtenu même dans le milieu des amplitudes articulaires et sans provoquer de traumatisme. Ce type de technique a été essentiellement développée à la British School of Osteopathy.

Le thrust est appliqué parallèlement ou bien perpendiculairement au plan articulaire dans une des directions contre la barrière de l'articulation lésée. La surprise des défenses physiologiques articulaires et la séparation brusque des surfaces articulaires surprend le système nerveux central et provoque un "black out sensoriel local". Le cercle vicieux irritatif qui entretient le spasme des petits muscles monoarticulaires est ainsi rompu et le tonus musculaire peut se normaliser.

Il est probable qu'à la suite de cette séparation à 90° des facettes articulaires, le retour en contact se réalise avec une meilleure congruence des surfaces articulaires, non génératrices d'irritation.

Quel que soit le type de thrust, les limites articulaires physiologiques sont toujours respectées. C'est la différence fondamentale qui existe entre une technique ostéopathique avec thrust, et une technique de manipulation orthopédique médicale.

Le principe est d'aller dans le sens de la lésion, dans le sens opposé à la barrière, dans le sens de la facilité jusqu'au point neutre de mobilité et de maintenir cette position d'équilibration tridimensionnelle jusqu'à libération totale des éléments périarticulaires.

Ces techniques, qui vont dans le sens de la réduction du spasme musculaire, font que le rapprochement des insertions du muscle spasmé réduit sa tension, la disparité entre fibre intrafusale diminue, ainsi le système nerveux central diminue l'activité gamma ce qui permet au muscle de se relâcher.

Dans ces techniques, il est important à la fin du traitement de ramener lentement et passivement le segment en position neutre pour ne pas relancer l'hyperactivité gamma du faisceau neuromusculaire.

1. Les techniques fonctionnelles de Hoover

Dans ces techniques une des mains du praticien guide et palpe constamment les changements qui se produisent dans les tissus, le patient coopère en se laissant mobiliser passivement, la main sensorielle qui palpe sentira s'accroître ou décroître les tensions.

Le but est de trouver chaque direction, chaque paramètre facile, de les additionner pour réaliser un chemin de traitement, une situation de relaxation totale au niveau concerné et par conséquent d'obtenir une réduction du tonus musculaire dans la zone lésée.

On utilise les paramètres majeurs de mouvements, ainsi que les paramètres mineurs de mouvements (compression/traction, glissements latéraux et antéro-postérieurs) comme dans les techniques structurelles.

2. Les techniques utilisant les points triggers de Jones

Le point trigger est une zone hyperexcitable dont la palpation déclenche des manifestations douloureuses paroxystiques, une névralgie locale et/ou une irritation douloureuse.

Cette zone d'hyperexcitabilité est située dans les tissus myofasciaux et peut être localisée au niveau :

. des aponévroses

. des muscles

. des tendons

. des capsules articulaires

. des ligaments

. du périoste.

Le point trigger n'est pas spontanément douloureux; il ne l'est qu'à la palpation.

Cependant il est responsable d'une part de douleurs référées, d''utre part du maintien de la facilitation nerveuse. Sa profondeur varie selon le tissu impliqué. Il est à différencier d’une zone corporelle en souffrance.

Il est fréquemment superposé à un point d'acupuncture.

Le point trigger musculaire se caractérise par une douleur du muscle à la palpation. La douleur locale lors de la palpation est augmentée par la contraction isométrique qui diminue sa vascularisation.

Le point trigger capsulo-ligamentaire se caractérise par une douleur à la palpation qui est augmentée par le mouvement passif jusqu'à la fin des amplitudes.

Principes de cette technique

Le but est d'amener l'articulation dans une position d'aisance afin de relâcher le spasme des muscles raccourcis :

*rechercher le point trigger avec un doigt. L'autre main recherche la position de l’articulation dans l'espace qui diminue la douleur du trigger;

*maintenir cette position pendant environ 90 secondes pour permettre à la boucle gamma de se normaliser;

*ramener très lentement l'articulation en position neutre sans provoquer de réflexe de contraction à l'étirement.

3. Mode d'action des techniques de correction spontanée par le positionnement

Le rapprochement des insertions du muscle diminue sa tension. Au fur et à mesure que l'on va dans le sens de la facilité la disparité entre les fibres intrafusales et les fibres extrafusales diminue.

Le système nerveux central diminue l'activité gamma ce qui permet au muscle de retrouver sa longueur initiale : on doit revenir lentement en position neutre afin de ne pas entraîner d'activation du système gamma.

4. Les techniques fonctionnelles indirectes

Ces techniques combinent les principes du structurel et du fonctionnel. Dans ce type de techniques on cherche à gagner de l'amplitude contre la barrière dans un seul paramètre de mouvement, généralement le paramètre majeur.

On place l'articulation contre la barrière dans le sens du paramètre que l'on veut libérer, et en maintenant cette position contre la barrière, on recherche tous les autres paramètres de mouvements facilités, et à chaque fois on gagne en amplitude contre cette barrière.

C. Les techniques neuromusculaires

La technique neuromusculaire est une vieille méthode hindoue de manipulations, modernisée et perfectionnée par un ostéopathe, Stanley LIEF.

Les tissus mous sont à l'origine de grandes douleurs qui sont :

. localisées

. ou générales.

Ces douleurs ont une origine :

. réflexe (un organe projette une douleur à distance);

. ou irradiée (comme le trajet des méridiens d'acupuncture).

Les tissus mous représentent 60 % du corps et comprennent les muscles, les fascias, les aponévroses, les capsules. Ces tissus mous, comme toute partie humaine, consomment de l'énergie.

Ils ont une activité biochimique ou biomécanique.

L'étirement rythmique et forcé du muscle est transmis au faisceau neuromusculaire. Le système nerveux central est obligé par mesure de protection de diminuer l'activité gamma.

D'autre part, les récepteurs tendineux de Golgi et des fascias de Ruffini provoquent une inhibition des motoneurones alpha et gamma.

S'il y a des adhérences dans les tissus mous, l'influx nerveux passera plus difficilement (Stanley Lief).

Cela aura pour conséquence que les muscles vont durcir, se fibroser, entraînant l'arrêt du passage de l'influx nerveux. Le traitement supprime ces obstructions.

L'équilibre peut être restauré et entraînera une augmentation de la circulation dans la zone figée.

Lors d'une lésion ostéopathique, l'articulation, les muscles, les ligaments, les aponévroses, les fascias, le sang sont étroitement impliqués. Il faut donc normaliser ces tissus mous, en éliminant les interférences qui peuvent couvrir toutes les lésions possibles.

C'est avec le pouce ou les doigts que l'on appréciera la résistance à la pression, la contracture ou les spasmes dans les tissus, ainsi que la douleur.

La lésion neuromusculaire est liée à quatre points :

. la congestion des tissus conjonctifs est localisée

. il y a perturbation de l'équilibre du pH dans ces tissus

. il y a présence d'une infiltration fibreuse

. les contractures musculaires sont chroniques avec un échange

soit hypertrophique, soit hypotrophique.

Elle est provoquée par cinq causes :

. les mauvaises postures

. un traumatisme localisé

. une intoxication musculaire (toxémie)

. une carence diététique (manque de magnésium, fer, cuivre, etc.)

. des causes psychologiques entraînant des tensions musculaires.

Les lésions sont décelables par leur hypersensibilité, surtout au niveau :

. de l'occiput

. des paravertébraux

. des crêtes iliaques

. des muscles intercostaux.

Le neuromusculaire doit supprimer la douleur et restaurer la mobilité pour :

. éviter une manipulation

. préparer à une manipulation pour éviter les effets secondaires (inflammation, douleur)

. soulager du stress, ce qui entraîne une relaxation de ces tissus.

La Vie est Mouvement aussi bien dans l'Univers que chez l'Homme.

L'immobilité, la Stase, c'est la Mort.

Les organes n'échappent pas à cette règle et l'ostéopathie viscérale a pris un large essor ces dernières années sous l'impulsion de praticiens anglais et français.

Dans leur Etude biométrique de la dynamique phréno-médiastino-viscérale (1988) G. FINET, C. WILLIAME et M. BEAUFORT ont tout d'abord cherché à "définir l'imagerie qui permettrait une approche optimale des organes, établir un protocole et une méthodologie stricts; au fil des travaux, recenser les sources d'erreur, les sérier, les analyser et les contourner, réaliser les examens et les lire, rechercher la collaboration d'un statisticien capable de comprendre nos motivations et de mettre sur pied un programme, interpréter les résultats; bref, s'entourer de toutes précautions nécessaires et suffisantes, condition sine qua non à la réalisation d'un travail fiable.

En tout, trois ans de recherches, vingt-quatre heures d'enregistrement de films vidéo, trois mille clichés radio et échographiques pour faire apparaître qu'en tout état de cause une dynamique répétitive et organisée existe bien au niveau viscéral".

Ces trois ostéopathes belges ne s'en sont pas tenus là et continuent leurs recherches avec le même souci de rigueur.

Nos contacts répétés avec des radiologues nous ont appris que ceux-ci s'interrogent à propos du diagnostic négatif devant des symptômes de dysfonctionnement viscéral. Ils se sont montrés intéressés par notre démarche. Il conviendrait donc de trouver un moyen informatisé performant pour calculer les déplacements viscéraux dans le cadre d'un examen radiologique classique, car il faut avouer que l'application journalière des examens du type de ceux que nous avons utilisés n'est pas aisée.

Les mesures telles que nous les proposons sont fastidieuses, longues et donc incompatibles avec une pratique courante. Nous travaillons à ce projet, mais les embûches techniques ne manquent pas, la plus complexe étant de définir le contour organique à saisir par l'ordinateur.

L'étude biométrique d'un organe met en évidence une perturbation de la dynamique qui semble en relation avec les troubles fonctionnels souvent qualifiés par la médecine de psychosomatiques. Pourtant, la clinique montre qu'un tel trouble évolue quasi inévitablement, dans les années suivantes, du fonctionnel vers le lésionnel. L'analyse biométrique permettrait ainsi de suspecter très précocement la genèse d'une lésion, avant même ses manifestations radiologiques ou échographiques. Nous étudions actuellement l'évolution d'un groupe de patients exempts de lésions, mais perturbés dans leur dynamique viscérale, sur la base de nos dossiers établis en 1985.

Ces mouvements physiologiques, sous l'influence du diaphragme, des différents organes constitutifs de la sphère abdominale et digestive, l'ostéopathe - grâce à son habileté manuelle - les analyse méticuleusement afin de trouver d'éventuelles tensions et d'y remédier.

François RICARD et Jean-Luc SALLE résument clairement leur approche personnelle de l'ostéopathie viscérale :

"Les viscères assurent le fonctionnement du corps dans son ensemble. Il existe des lésions propres aux viscères, comme il existe des lésions ostéopathiques des vertèbres, ou des différentes articulations. En ostéopathie les viscères ne sont pas considérés différemment d'une articulation. Les viscères qui souffrent manifestent souvent leurs problèmes à distance."

I - Fonction viscérale et lésion ostéopathique

Toutes atteintes pathologiques entraînent une fixation viscérale. Le viscère cesse d'être libre dans la cavité à laquelle il appartient, il se trouve de ce fait solidaire d'une autre structure. Si le corps n'arrive pas à s'adapter à cette situation, il développera un trouble fonctionnel qui à son tour, si l'adaptation est inadéquate, entraînera un trouble structurel.

Le traitement visera à stimuler le viscère, à lui restituer sa mobilité primitive physiologique L'ostéopathe doit traiter tous les mouvements dans le corps humain. L'ostéopathie est l'art de provoquer une autocorrection de l'organisme. La manipulation viscérale est l'un de ces moyens.

Un organe est en bonne santé s'il est mobile, par rapport aux séreuses, aux fascias, aux ligaments qui l'entourent.

Toutes pertes de mobilité, fixation, adhérence à une autre structure, modifient le mouvement du viscère et entraînent les pathologies.

Le but du traitement est de supprimer les afférences nociceptives périphériques (vertébral) ou viscérales qui entretiennent le spasme de la musculature lisse intraviscérale.

Avant un traitement viscéral, il faudra normaliser la lésion vertébrale.

Pour se manifester l'organe lésé utilise :

 

. la voie pariétale (innervation rachidienne de l'organe)

. ou la voie viscérale (fibres nerveuses du système nerveux autonome).

On assistera :

 

. à des douleurs projetées sur une région éloignée de l'organe : c'est la voie viscérale

. ou à des douleurs au niveau de l'organe.

II - Les techniques directes

Elles concernent la mobilité de l'organe. Cette technique consiste tout d'abord à exercer une légère traction afin de mettre le viscère ou une partie de celui-ci en tension, puis à le mobiliser, tout en gardant cette tension. Progressivement, on relâche cette tension, tout en continuant la mobilisation. Le principe est en fait de mettre l'organe sous tension par une traction avant de le mobiliser.

III - Les techniques indirectes

Elles utilisent un appui direct sur le viscère, qui le met en tension et c'est la mobilisation passive d'un bras de levier qui agira sur l'organe. On utilise cette technique lorsque l'on ne peut atteindre un organe par une méthode directe.

IV - Les techniques d'équilibration fonctionnelle "sensorielle" des viscères

Outre les techniques classiques viscérales, nous utiliserons deux types de techniques supplémentaires :

. équilibrations sensorielles des viscères

. équilibrations des points triggers viscéraux en appliquant les principes de Jones au niveau des organes.

a. Equilibrations sensorielles des viscères

Les buts de cette technique sont de supprimer :

* les afférences nerveuses nociceptives viscérales

* les spasmes du tractus gastro-intestinal

* les tensions faciales

* l'angiospasme et la stase locale, d'induire un état de calme tissulaire.

b. Equilibrations des points triggers viscéraux

Les buts de cette technique sont de supprimer :

* les spasmes des sphincters qui perturbent le transit intestinal,

* les afférences nociceptives issues des viscères responsables de l'entretien de l'arc réflexe médullaire pathologique.

L'Ostéopathie a toujours affirmé pouvoir soigner ses patients dans leur globalité mais aussi dans leur totalité.

Dans leur globalité, non seulement parce qu'en traitant n'importe quel territoire d'un individu elle soigne cet individu dans son intégralité; dans leur totalité parce que délaissant le symptomatique, l'ostéopathie s'attache à rechercher l'origine des déséquilibres, la lésion primaire, cause de l'installation en cascade de troubles aussi nombreux que variés.

Il n'est pas facile de remonter à la source des problèmes, la plupart du temps d'origine traumatique, mais elle existe toujours, souvent silencieuse, indolore, tant qu'on ne la "titille" pas.

Une fois cette lésion primaire enlevée le résultat thérapeutique ne peut être que très bon et durable.

Si l'on traite seulement la dernière lésion, c'est-à-dire celle qui amène le patient en urgence, soit il y aura récidives de plus en plus rapprochées, soit le traitement sera inefficace parce qu'inapproprié : c'est bien là une des différences fondamentales entre la vision médicale et la vision ostéopathique.

Exemple : un patient, depuis une huitaine de jours, se plaint de son genou droit qui le fait boîter; son médecin généraliste lui a ordonné des médications anti-inflammatoires, puis quelques séances de rééducation.

Devant la continuation des symptômes, le patient est adressé chez un spécialiste; si ce dernier est rhumatologue il effectuera une ou deux infiltrations et prescrira une IRM. S'il est médecin ostéothérapeute il lui "débloquera" sa colonne lombaire, car la boiterie lui a réveillé une vieille sciatalgie, avant d'infiltrer son genou.

Quelques mois après, une espèce de chronicité s'est installée avec des épisodes douloureux intermittents. Un chirurgien consulté proposera une ménisectomie car une fissure, sans doute ancienne, est présente...

La vision ostéopathique sera toute autre. Le patient, n'ayant eu aucun traumatisme récent de son genou souffle donc de lésions adaptatives. Il présente en réalité un léger déséquilibre de sa voûte plantaire droite avec un cuboïde en restriction de mobilité (séquelles d'une entorse très ancienne et non soignée).

Une fois la mobilité du pied recouvrée, le déséquilibre plantaire éliminé, son genou n'étant plus en porte-à-faux dégonflera, retrouvera une amplitude articulaire correcte et comme par miracle le patient ne souffrira plus de sa sciatique puisqu'elle était la conséquence d'une cascade de petits déséquilibres ayant provoqué in fine un pincement articulaire de sa charnière lombo-sacrée.

Point n'était besoin de s'acharner à manipuler sa 5ème lombaire, voire à extraire chirurgicalement sa "protrusion" discale, point n'était besoin d'opérer son genou, il fallait tout simplement raisonner avec "nos mains qui sentent, qui voient et qui savent" comme aimait à le répéter A.T. Still.

A chaque problème, écoute et technique différentes, suivant sa localisation, son ancienneté, etc.

Pour simplifier et résumer ce chapitre,

font partie intégrante de l'ostéopathie :

*Les techniques vertébrales qui s'intéressent aux mouvements des vertèbres et des côtes.

* Les techniques périphériques qui s'intéressent aux mouvements des différentes articulations des membres.

* Les techniques crâniennes qui s'intéressent aux micro-mobilités des structures du crâne.

* Les techniques viscérales qui s'intéressent aux mouvements des différents viscères et organes les uns par rapport aux autres.

* Les techniques d'écoute qui s'intéressent aux mouvements spontanés des tissus du corps.

* Les techniques fasciales qui s'intéressent aux mouvements transmis par les différentes enveloppes des structures du corps.

* Les techniques énergétiques qui s'intéressent à la circulation des différentes énergies parcourant le corps.

* Les techniques fluidiques qui s'intéressent à la circulation des différents liquides dans le corps.

* Les techniques somato-émotionnelles qui s'intéressent à la libération somato-émotionnelle du corps.

Toutes ces techniques constituent la palette dans laquelle puise tout ostéopathe après avoir

observé,

écouté,

interrogé

réalisé une succession de bilans biomécaniques.

Ces techniques ostéopathiques de rétablissement du mouvement physiologique permettent à l'organisme de se rééquilibrer.

Elles sont douces, non iatrogènes et peuvent s'effectuer sur toutes les régions du corps.

Rollin E. Becker, ancien président de l'American Osteopatbic Association, ostéopathe à Dallas dans le Texas déclarait en 1971:

 

"Je ne me rappelle plus à quel moment les mots "lésion ostéopathique" disparurent de mon lexique personnel et de ma compréhension des mécanismes du corps. Mais quelque part le long de la ligne de bien des années de pratique, la lésion ostéopathique se transforma soudainement en quelque chose qui n'était plus qu'un poteau indicateur, une sorte d'indication qu'une dysfonction potentielle était présente dans le corps du patient.

  

En tant qu'entité clinique, la lésion ostéopathique indique qu'une distorsion fascio- ligamentaire s'est produite, altérant localement les relations articulaires du mécanisme, et permettant ainsi aux articulations impliquées de se conformer aux altérations plus importantes survenues dans les fascias et les ligaments d'une région tout entière. Le résultat local consiste en un contact faussé au niveau de deux facettes articulaires appartenant aux mécanismes vertébraux ou pelviens. C'est donc une indication que, chez ce patient, une région exprime une certaine forme de dysfonction : par elle-même, la lésion ostéopathique n'est la cause de rien. Et c'est la distorsion des fascias et des ligaments qui provoque et maintient ce mauvais contact articulaire.

 

 

L'approche du patient étant fort différente de la vertébrothérapie, les techniques le sont bien davantage encore.

Si un segment articulaire, quel qu'il soit, est bloqué ou presque immobile, comment nos manipulations ostéopathiques vont-elles se différencier des manipulations médicales qui le poussent directement "dans le droit chemin"?

Ce qui cause l'immobilisation partielle d'une articulation ce sont les tensions discordantes des tissus environnants. Au fur et à mesure que ces tensions diminueront et au moment où les tissus retrouveront leur état d'équilibre et d"échanges réciproques, la vertèbre "en lésion" n'aura plus qu"une possibilité, toujours la même: se rééquilibrer d"elle-même par rapport au nouveau schéma fonctionnel qui lui est offert; autrement dit, reprendre un mouvement amélioré dans la direction exacte et dans la mesure précise où cela est possible et désirable, et non pas en suivant une direction et en obéissant à une intensité imposée de l"extérieur. Le praticien n'aura pas eu à effectuer une correction ; les forces biodynamiques rééquilibrées s'en seront chargées d’elles-mêmes. Elles ne peuvent pas faire autrement : il n'y a pas d'autre possibilité."

 

Dans cette optique d'ostéopathie globale, étayée de manipulations douces, Jacques Andreva DUVAL précise que :

 

"Le grand principe de l'ostéopathie est l'autocorrection grâce à une espèce de force corrective intérieure capable de se propager dans tout le corps grâce à la fluctuation du liquide céphalo-rachidien formé dans le Système Nerveux Central, contenu dans les méninges et contrôlé par elles, puis diffusé à travers tout l'organisme par les microtubules fascio-aponévrotiques".

 

 

L'ostéopathie et le patient

Le patient, adepte de médecines naturelles, ne peut admettre qu’il existe deux médecines, l’une officielle, l’autre parallèle, l’une reconnue et l’autre sans statut.

En 1985, un rapport adressé au Ministère de la Santé sur “Les Médecines Différentes” stigmatisait à la fois la lourdeur des administrations médicales à intégrer des nouvelles techniques - dont certaines cependant antiques - et en même temps la prolifération de charlatans mercantiles distributeurs de diplômes bidons.

De nos jours encore, ne voit-on pas un collège d’Ostéopathie français assurer, dans ses envois publicitaires, que le diplôme de fin d’études qu’il décerne est “le seul Diplôme Universitaire d’Ostéopathie légal en Europe”?

Si la qualité des enseignements n’est pas à mettre en doute, la méconnaissance juridique, voire la volonté délibérée de tromper les participants, peut leur être gravement préjudiciable.

On tombe de Charybde en Scylla quand des cours d’Ostéopathie sont dispensés le soir à des coiffeurs, esthéticiennes.., quand ce n’est pas par correspondance, et pourquoi pas sur Internet?

Certes, des Kinésithérapeutes et des Médecins ont obtenu des certificats et diplômes

d’écoles” françaises compétentes ; le Docteur Jean-Louis GARCIA, Président du Syndicat National des Médecins Ostéothérapeutes Français (S.N.M.O.F.) reconnaît lui-même “que des médecins généralistes, rhumatologues ou médecins réeducateurs sont initiés aux traitements manuels après être passés par des écoles privées três sérieuses, ou par les formations poussées qu’offrent une quinzaine d’universités aux docteurs en médecine.”

Il n’empêche qu’à part Bobigny (malgré un nombre d’heures d’ostéopathie nettement insuffisant pour une pratique correcte) comment un médecin peut-il être valablement habilité à pratiquer ce qu’il n’a pas appris si ce n’est dans des enseignements parallèles et privés, assurés par des non-médecins ? Ces derniers qui se voient conférer le droit d’enseigner, se voient refuser celui d’exercer.

Il s’agit là, pour les uns et les autres, d’une “situation ubuesque qui ne saurait se pérenniser et sur laquelle il convient d’attirer l’attention de l’Université”.

Le Comité de Défense des Médecines Alternatives (CODEMA) déclarait en 1986 : “il n’est pas sain, dans une démocratie, de laisser dans la marginalité des méthodes intéressant 83 % des Français. Toute pratique largement utilisée par un peuple fait partie intégrante de son patrimoine culturel ; elle ne peut être condamnée, écartée, bannie, sur des critères d’orgueil scientifique. La liberté d’un choix éclairé et responsable doit être laissé à chaque citoyen".

La santé et l’avenir de l’espèce humaine sont aujourd’hui, plus que jamais, menacés. Traumatismes, troubles psychiques, nocivité des produits chimiques, abus de médicaments, pollutions diverses : le corps humain subit à un rythme de plus en plus accentué de multiples agressions. Phénomène spécifique au monde moderne, d’ailleurs dénoncé dans de fréquentes mises en garde.

Il est temps, en effet, que les pouvoirs publics - à l’heure où ils semblent soucieux de veiller à la qualité de la vie des Français dans une société qui se veut libérale - prennent enfin en considération l’OSTEOPATHIE.

L’ostéopathie, que l’on ramène à tort à une smple technique de manipulation des membres et de la colonne vertébrale afin de traiter des accidents articulaires, fait pourtant quotidiennement ses preuves. Elle doit être reconnue comme un savoir contribuant à soulager et à guérir la douleur des hommes.

Les maladies fonctionnelles sont désormais plus fréquentes.

Constamment mis à contribution, physiquement et psychiquement, l’homme d’aujourd’hui est plus mûr pour présenter des troubles du comportement ; les grands systèmes : digestif, rénal, cardio-vasculaire, sont atteints.

Ces affections sont bien souvent dues à un déséquilibre du système neuro-végétatif.

Indépendamment de ces causes psychosomatiques, les cas de surmenage fonctionnel se multiplient de leur côté : cadences de travail accentuées, mauvaises positions du corps prolongées pendant des heures. Que ce soit pendant le travail, le transport ou même les loisirs.

La civilisation automobile a ici sa part de responsabilité.

C'est donc la structure de l'être humain qui est en cause. C'est sur cette structure et ce qui s'y rattache que l'ostéopathie présentera son action thérapeutique.

Soit pour prévenir, soit pour guérir.

L'ostéopathie se réfère, tout simplement, aux sciences de base que sont l'anatomie et la physiologie. Elles-mêmes enseignées dans les facultés de médecine et les écoles d'ostéopathie.

Il y a une relation intime entre les systèmes sympathique et parasympathique, les glandes endocrines, les viscères et le psychisme de l'être humain. Ce que la médecine allopathique réalise à l'aide de substances chimiques pour stimuler ou inhiber ces systèmes, l'ostéopathe tend à l'obtenir par le jeu de ses mains sur ce clavier thérapeutique que représente la colonne vertébrale, puis les autres structures articulaires. Il ne prétend pas tout soigner et tout guérir, personne ne peut le prétendre.

Comme la médecine classique, l'ostéopathie a, elle aussi, évolué. Elle connaît ses possibilités et, bien sûr, ses limites. Elle n'a pas l'intention de soigner, par exemple, le tétanos, le cancer ou la tuberculose. Elle veut simplement apporter sa contribution à la santé publique, surtout dans le domaine des maladies fonctionnelles.

Gérard Sueur prévoit que, dans les années à venir, l'orientation généraliste se fera certainement vers les thérapies globalisantes, dites holistiques, permettant d'appréhender la plainte du patient d'une façon toute autre.

Symptômes et maladies ne seront certainement plus cachés systématiquement, comme aujourd'hui, mais seront écoutés et serviront de levier, de tremplin à la résolution d'un mal-être plus profond.

Ce ne seront ni les thérapeutes, ni les juristes, ni les politiques qui amèneront ce changement radical, mais bien les patients eux-mêmes, car ces derniers prennent de plus en plus en charge leur santé."

Chaque année en France, 300.000 personnes nouvelles s'adressent à un praticien ostéopathe professionnel.

Ce sont souvent des personnes qui viennent à l'ostéopathie à la suite d'autres traitements, non suivis d'effet.

L'ostéopathe va donc pratiquer un bilan complet, en interrogeant son patient sur son histoire, son mode de vie... afin de rechercher la ou les causes réelles des troubles apparents.

Grâce à une exploration manuelle précise et approfondie, il détectera le point primaire, origine des tensions et des blocages qui restreignent la mobilité du consultant.

Tel un horloger minutieux, il considérera l'un après l'autre ces rouages complexes, qui font la santé ou la maladie de l'homme, pour les mettre en harmonie, et restaurer leur bon fonctionnement les uns par rapport aux autres, réglage après réglage.

A toutes ces médecines, entretemps apurées, de s'intégrer dans un ensemble cohérent : la science médicale aura alors franchi une nouvelle étape, atteint une nouvelle marche d'où partiront les progrès futurs.

Tel un professionnel attentif à ne pas forcer un mécanisme, un boulon grippé, il écoutera, progressera pas à pas, cherchera à obtenir de l'organisme humain une réponse à ses interventions manuelles. Il saura, dans certains cas, attendre.

Pierre CORNILLOT, doyen de la Faculté de Médecine de Bobigny, constate que "l'étonnant engouement du public français pour les médecines parallèles doit être, au moins en partie, compris comme la conséquence de l'inaptitude de la médecine occidentale à couvrir de manière satisfaisante certains besoins en rapport avec la souffrance, la maladie, l'infirmité et la mort. Que ces besoins se rapportent souvent à des situations pathologiques qui ne mettent pas directement en cause la vie des patients ne change rien au fait que l'évolution dominante de notre médecine la pousse hors de son champ social de référence.

Médecine d'exception, elle ne peut plus prétendre à l'universalité. Cet évènement ouvre déjà à lui seul de vastes perspectives. Mais l'intrusion des médecines différentes dans le même champ social a permis d'observer qu'elles étaient porteuses de messages qui leur sont propres : la prise de conscience du caractère relatif de nos conceptions médicales, et de la nécessité d'élaborer un discours plus complet dans ses dimensions scientifiques et sociales est facilitée par la preuve que d'autres pratiques médicales existent.

En témoignant qu'il peut exister d'autres manières d'appréhender l'homme dans sa maladie, ces dernières aident à comprendre que les temps sont proches, sinon déjà venus, où une nouvelle conception de la santé et de la maladie, et à travers elle une nouvelle médecine, devra impérieusement voir le jour pour permettre à toutes ces médecines entre."

Dans son éditorial du 05/03/1991 de la revue "Le Généraliste" le docteur Daniel DELANOË en présentation du dossier "médecines alternatives, pratiques controversées" et plus spécifiquement des manipulations vertébrales et de l'ostéopathie rappelle que "ce dossier reprend les données présentées lors d'un récent congrès de médecine manuelle qui avait su réunir rhumatologues, orthopédistes et ostéopathes.

Pour certains les manipulations vertébrales proprement dites semblent fournir, dans des conditions précises, un apport intéressant. Une évaluation rigoureuse serait sans doute nécessaire. L'ostéopathie, comme d'autres pratiques alternatives, repose sur une physiopathologie et une nosologie particulières, dont l'articulation avec le savoir médical peut être problématique, voire incompatible quant il s'agit de traiter la globalité du sujet par des mobilisations des os du crâne ... Quoi qu'il en soit, l'ostéopathie existe et peut

Une étude britannique* a cherché à préciser les modalités du recours aux soins non Orthodoxes (acupuncture, chiropraxie, homéopathie, phytothérapie, naturopathie, ostéopathie).

La clientèle "non orthodoxe" diffère notablement, par l'âge, de la clientèle de médecine générale, : peu de sujets âgés (15 % au-dessus de 65 ans), très peu d'enfants (2 % au-dessous de 16 ans). Les deux tiers consultent pour la première fois des praticiens non orthodoxes. La majorité (64 %) a reçu d'un médecin généraliste ou d'un spécialiste, un traitement orthodoxe pour son problème. Les trois quarts des patients consultent pour un problème de l'appareil locomoteur (78 %), les autres motifs de consultation allant de 5 % (pour les problèmes neurologiques) à 0, 1 % (pour l'ophtalmologie).

Les patients ayant recours simultanément aux deux systèmes de soins se plaignent surtout de céphalées, de troubles atopiques, d'arthropathies.

Il apparaît que la majorité des patients ayant recours aux médecines alternatives n'ont pas fui la science et continuent à utiliser la médecine orthodoxe. Les médecines alternatives semblent utilisées plus comme un complément qu'en tant que substitut à la médecine orthodoxe. Cette situation a toutes les chances de se perpétuer dans les prochaines années.

On peut déceler dans ces pratiques une part de fonctionnement magique : inexplicable, imperméable au rationnel, inentamée par l'échec, que la médecine ne pourra en effet jamais plus donner.

L'ostéopathie existe et peut-être n'est-il pas inutile d'en savoir à ce sujet autant que les patients.

* British Médical Journal, 26 janvier 1991

 

 

Conclusion

En conclusion - bien que l'ostéopathie, depuis STILL, ait évolué en diversifiant ses méthodes - les principes, la philosophie, les objectifs restent les mêmes.

Le Docteur MAIGNE admet que 'la plupart des successeurs d' A.T. STILL ne firent qu'utiliser et perfectionner, d'une façon remarquable d'ailleurs, ses techniques manuelles".

Il reconnaît en outre que "la douceur des manoeuvres qu'utilisent les ostéopathes, le grand nombre de celles-ci et leur habileté à les pratiquer leur permettent de faire sur des diagnostics discutables des traitements manuels efficaces".

Le Docteur LAVEZZARI confirmait déjà à son époque que "les ostéopathes ont montré depuis longtemps la fragilité relative du tissu nerveux, et surtout des racines sensitives et motrices. Ils savent qu'un choc, même léger, a parfois de grosses répercussions sur tout l'organisme; et c'est pourquoi ils proscrivent d'une façon absolue la pratique de l'ostéopathie par des gens non spécialisés."

Mais qui sont ces gens spécialisés ? des médecins ? des kinésithérapeutes ? Pourquoi pas les deux à condition d'avoir suivi de sérieuses études ostéopathiques ?

Le Docteur AMOYEL concède volontiers : "y a-t-il personnage plus au contact de son malade, par ses mains, qu'un kinésithérapeute? S'il en existe un qui devrait justement connaître la mécanique du corps, c'est bien lui !".

Il est souhaitable qu'un jour ou l'autre, des spécialistes de la charpente humaine soient formés, chacun dans son domaine, à la thérapeutique manipulative.

L'octroi d'une telle compétence, après des études approfondies sous tutelle médicale, rapprocherait logiquement - et avec intérêt - les mondes médical et paramédical informés officiellement de ce que sont leurs droits et leurs devoirs."

On peut et on doit proposer mieux.

Ainsi la solution américaine citée dans le Généraliste n° 1240 est à prendre en compte :

Les futurs médecins et les futurs ostéopathes, dont les études sont parallèles, y reçoivent certains cours en commun et d'autres propres à leur discipline pendant leurs quatre premières années d'études médicales sanctionnées par un examen; puis les uns comme les autres complètent leur pratique par un an d'internat et plusieurs années de résidanat s'ils désirent obtenir une spécialité. Actuellement, il n'y a donc plus de différence entre les DO (docteurs en ostéopathie) et les MD (docteurs en médecine) américains : leur cursus universitaire est identique et ils figurent dans l'équivalent des pages jaunes de l'annuaire sous la même rubrique de physicians ou surgeons.

On peut craindre par dessus tout que l'ostéopathie se dévalorise si on l'amalgame aux médecines manuelles; elle se trouverait cantonnée à jouer les rôles secondaires, à n'être plus qu'un catalogue de techniques, certaines effectuées par des médecins, d'autres par des kinésithérapeutes : le patient, les organismes sociaux soucieux de rentabilité et d'efficacité, auraient tout à y perdre.

Pour les mêmes raisons, il y a lieu de ne pouvoir envisager les deux solutions suivantes :

*par exemple, si on prend en compte la finalité de l'acte, c'est-à-dire la suppression du mal, on pourrait rattacher l'Ostéopathie à la Médecine en tant que spécialité, capacité ou simple "orientation", quitte à prévoir des dispositions particulières pour les ostéopathes non-médecins, faisant preuve de leurs compétences et exerçant actuellement ou, pour le moins, depuis un certain temps.

*de même, si on prend en considération l'importance du geste manuel dans l'Ostéopathie, il serait aisé d'intégrer celle-ci dans la nomenclature des actes de kinésithérapie, la seule question en suspens étant alors de savoir si elle pourrait être pratiquée, sous certaines conditions, sans ordonnance médicale.

 

Mais dans les deux hypothèses, l'Ostéopathie perdrait son authenticité, soit en se diluant dans l'arsenal thérapeutique de la Médecine, soit en se réduisant à n'être qu'une forme du massage thérapeutique.

 

La solution la meilleure ne peut etre que l'institution pour l'exercice de l'ostéopathie d'une profession spécifique; on lui conserve toute sa valeur et son originalité et, en incluant cette nouvelle profession dans le cadre des professions médicales à côté des Médecins, des Chirurgiens-dentistes et des Sages-femmes, on la protège contre toutes les dérives en respectant les prérogatives de tous, qu'ils soient médicaux ou paramédicaux.

Encore faut-il pour ce faire que la nature, la durée et la qualité des études d'Ostéopathie soient consacrées par un diplôme d'Etat, que les praticiens Ostéopathes s'organisent en ordre professionnel et qu'ils soient dotés d'un statut fixant les conditions d'exercice de leur profession et réglementant les actes qui leurs sont réservés.